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Filets à l’anglaise

Les pêcheurs français entre deux eaux

Les modifications de législation entraînées par le Brexit suscitent un regain de tensions entre la France et le Royaume-Uni. Au cœur de celles-ci, les zones de pêche de la Manche que se disputent âprement les deux pays. En jeu, la survie économique de ce secteur d’activité.

L’accès aux eaux de pêche et le protocole nord-irlandais sont les deux pommes de discorde qui empoisonnent les relations entre le Royaume-Uni, d’une part, et l’Union européenne, d’autre part. Mais en ce qui concerne la pêche, ce sont surtout les relations avec la France qui s’en trouvent empoisonnées. Pour compenser la dégradation des relations avec Paris et cherchant à mettre à profit les divisions croissantes à l’intérieur de l’UE, Londres tenterait d’intensifier ses relations avec le groupe de Visegrád (V4), c’est-à-dire la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Hongrie, et avec les pays Baltes.Selon L’Express qui assure tenir cela de sources proches du ministre des Affaires étrangères à Londres, les discussions entre capitales devraient aboutir à un sommet en janvier entre le Premier ministre Boris Johnson et ses homologues du V4.

Le protocole nord-irlandais avait pour but d’éviter la mise en place de contrôles douaniers entre les deux Irlandes pour respecter l’accord du Vendredi saint qui avait mis fin à trente ans de « troubles » en 1998. Cependant, les contrôles douaniers mis en place entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni violent tout autant les accords et sont à l’origine d’un regain de tension dans la province. Londres cherche donc à renégocier ce protocole afin d’alléger au maximum les contrôles réalisés. Autre litige concernant le protocole nord-irlandais : les Britanniques ne veulent plus que la juridiction de la CJUE s’étende à ce protocole car ils voient bien que cette cour européenne a échappé à tout contrôle et se transforme en gouvernement des juges chapeautant l’UE.

Dans ce domaine, les médias britanniques rendent la France responsable de la rigidité de l’UE, comme si Paris souhaitait encore punir les Britanniques d’avoir pris le chemin de la sortie de l’UE.

Dans le domaine de la pêche, en revanche, Paris aurait, selon le Telegraph, échoué à rallier la semaine dernière une majorité des pays de l’UE à sa proposition de déclaration commune en direction de Londres. Les partenaires de la France au sein de l’UE auraient notamment refusé de souscrire aux menaces françaises de réduire les fournitures d’électricité à l’île de Jersey pour forcer les autorités de l’île à délivrer des permis de pêche.

Quoi qu’il en soit, les pêcheurs français ont un mal fou à obtenir ces permis, notamment en ce qui concerne les bateaux de petite taille et même lorsqu’ils pêchaient depuis fort longtemps dans les eaux britanniques et anglo-normandes. Cela concerne plus d’une centaine de bateaux qui n’avaient toujours pas obtenu l’autorisation de poursuivre leur activité dans ces eaux à la mi-octobre, alors que les anciennes autorisations sont arrivées à expiration fin septembre.

Plutôt que de ressortir régulièrement la menace des fournitures d’électricité qui finira par faire perdre un client à EDF, le président Macron et son gouvernement seraient sans doute mieux inspirés de proposer des avancées sur le protocole nord-irlandais en échange de ces licences et de garanties pour l’avenir de nos pêcheurs. Tout le monde y gagnerait.

On peut d’ailleurs se demander si la gestion des licences de pêche du côté britannique n’est pas justement une réponse à la posture punitive de la France en ce qui concerne le protocole nord-irlandais qui est, lui, une question vitale pour les Britanniques puisque c’est la paix civile et l’intégrité du territoire qui sont en jeu. •

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