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Un week-end politique

Les gaullistes contre Zemmour !

Affichant depuis peu son soutien à Macron pour la prochaine présidentielle, Christian Estrosi s’est lancé dans une nouvelle croisade : l’obligation pour la droite – notamment les « gaullistes » – de « combattre Zemmour ». En décembre 2015, le maire de Nice avait déjà accepté de s’engager au nom du système contre le Front national, lors des élections régionales en PACA face à Marion Maréchal-Le Pen. Maintenant, c’est au nom de cet antiracisme qu’Estrosi entend sonner l’hallali. Ni plus ni moins, Zemmour serait « partisan d’une nationalité racialisée, rejetant de la communauté nationale quiconque n’aurait pas la peau suffisamment blanche ». On notera quelques inexactitudes de la part de l’élu des Alpes-Maritimes. Que Zemmour attaque l’immigration et défende la thèse du Grand Remplacement est une chose, mais qu’il se cabre sur une conception racialiste laisse un peu songeur quand on connaît l’assimilationnisme ardent de l’ancien chroniqueur et désormais probable candidat à la prochaine présidentielle.

Mais Estrosi tonne surtout contre une droite qu’il accuse d’avoir « déserté » le « combat » contre le polémiste. Une droite que le maire de Nice a lui-même désertée, alors qu’il l’appelle à se réveiller… Il s’insurge contre le fait que Zemmour se réclame de de Gaulle, car le polémiste serait porteur d’une « version de l’extrême droite corrigée des variations saisonnières ». Se fondant sur l’« irréversible différence de nature » entre la droite dite républicaine et celle qui soutient Zemmour, le maire de Nice estime que « la droite, si elle avait un tant soit peu de courage, aurait pu et dû rappeler l’attachement des dirigeants du RPR puis de l’UMP au droit du sol ». C’est tout de même un peu court au regard des discours tenus auparavant par cette droite qu’Estrosi invoque. Dans le passé, le RPR et l’UDF n’avaient pas, malgré leur lâcheté, complètement récusé le droit du sol. Faut-il rappeler qu’en 1993, la droite parlementaire avait même adopté une disposition qui imposait aux jeunes d’origine étrangère une manifestation de nationalité destinée à éviter l’attribution de la nationalité française sur le seul fondement d’une naissance en France ? Les attaques contre l’immigration et l’obtention automatique de la nationalité ont aussi été le fait de cette droite qu’Estrosi prétend couper sanitairement d’une extrême droite qui ne serait pas que le RN…

Malgré ce cordon sanitaire dû notamment aux injonctions de Jacques Chirac, on ne saurait nier que les rudes mises en cause de l’immigration sont issues de cette droite modérée qu’Estrosi connaît bien puisqu’il fit ses premières armes en son sein au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix… Par ailleurs, le phénomène Zemmour est également la conséquence d’un électorat de droite déçu – pour ne pas dire écœuré – par les promesses non tenues par ses propres responsables. Indirectement, le maire de Nice ne cherche-t-il pas aussi à réveiller ses amis macronistes ? •

François Hoffman

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