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Retour de flamme

La Guadeloupe s’élève contre son abandon

Alors que diverses « autorités » déclarent inévitable une troisième dose de vaccin pour tous, manifestations et émeutes se multiplient en Europe et en Guadeloupe où, à l’opposition au passe sanitaire, s’ajoutent les questions sociales et sécuritaires.

Les grands médias du système, soucieux de cacher à nos compatriotes le bilan calamiteux de la politique d’outre-mer du président Macron, ont beau coller la responsabilité des troubles qui secouent la Guadeloupe depuis une semaine sur le dos des soignants en rébellion contre la dictature sanitaire, on aurait tort cependant de voir dans le sain refus par ces derniers de l’obligation vaccinale la seule et unique raison de cette explosion de violence dans l’île. Car, bien plus qu’un simple mouvement de circonstance, la colère des soignants témoigne d’une crise plus profonde et plus grave résultant de plusieurs années d’abandon par l’Etat de la Guadeloupe, comme de nos autres départements et territoires d’outre-mer.

Après plusieurs journées ponctuées par des incidents, le week-end dernier a été ainsi marqué par une flambée de violence tout particulièrement inquiétante. Dans de nombreuses communes de l’île, en effet, des barrages ont été dressés et incendiés par des casseurs qui s’en sont pris violemment aux forces de l’ordre chargées de les déloger, et sont allés jusqu’à mettre le feu au poste de police de Morne-à-l’Eau. Pire encore : selon les autorités, les gendarmes mais aussi les pompiers ont reçu de nombreux faux appels téléphoniques visant à les attirer dans des guets-apens, et ont essuyé à plusieurs reprises des tirs à balles réelles, notamment lors de la tentative d’attaque de la police municipale du Gosier. Des actes particulièrement graves qui, plus que de la légitime colère des Guadeloupéens devant leur abandon par la métropole, témoignent de l’explosion de la délinquance et de la criminalité dans l’île depuis plusieurs années. C’est ainsi que, lors de ce week-end, on a assisté, effarés, à un incroyable pillage généralisé des commerces de l’île par des bandes de voyous, qui sont même allés jusqu’à attaquer à la tractopelle un centre commercial de Lamentin ! Bref, au terme de cette nouvelle nuit de violence, la gendarmerie annonçait l’interpellation de 37 individus, la plupart en flagrant délit de pillage, dont 30 devaient être jugés en comparution immédiate ce lundi par le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre.

« Nous avons plus de 40 ans de retard »

Face à cette rapide dégradation de la situation en Guadeloupe, le gouvernement a tout de même fini par décider de dépêcher sur place d’importants renforts de police et de gendarmerie, dont 50 hommes du GIGN et du RAID, et d’ouvrir samedi place Beauvau une cellule de crise sous la présidence du ministre de l’Intérieur. Une cellule de crise à laquelle il n’a toutefois pas jugé nécessaire de convier le président de la région, Ary Chalus ! C’est que, bien que fervent « Marcheur », Chalus n’hésite pas à pointer du doigt la responsabilité du gouvernement dans la crise que subit l’île. En effet, interrogé samedi par France Info, l’élu LREM s’est notamment laissé aller à déclarer : « Nous avons plus de 40 ans de retard par rapport à l’Hexagone concernant notre développement économique. On ne peut pas aujourd’hui abandonner la Guadeloupe comme ça se fait. J’ai prévenu les autorités nationales, j’ai prévenu les ministres concernés. J’ai eu le courage d’appeler le ministre de la Santé pour rapidement trouver une solution pour éviter absolument ce qui se passe en Guadeloupe », et « j’ai eu un retour négatif à la limite du mépris » !

Une situation devenue inadmissible, qui a poussé ce week-end André Rougé, député européen du RN et porte-parole de Marine Le Pen pour l’outre-mer, à demander dans un communiqué au président de la République et à son gouvernement de « réagir face à la triple crise sanitaire qui affecte l’île, à savoir les émanations toxiques d’algues sargasses, le record du monde de cancers de la prostate générés par le pesticide du chlordécone et le déficit hygiénique lié aux difficultés d’accès à l’eau courante. Sur ces trois sujets majeurs concernant le quotidien et la santé des Antillais, et ce depuis le début du quinquennat, a ajouté l’eurodéputé RN, le gouvernement n’a absolument rien proposé ». « Dans le même temps, a-t-il poursuivi, c’est par la menace et la contrainte que ce même gouvernement entend obliger nos compatriotes des Antilles à se faire vacciner et à produire un passe sanitaire » ! Et André Rougé, de conclure alors : « Chômage, coût de la vie, insécurité, immigration… Depuis près de 15 ans, l’outre-mer est laissé à l’abandon et est en passe de devenir de nouveaux territoires perdus de la République. » •

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