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Dix mille : de Xénophon à Présent !

Vers 400 avant Jésus-Christ, Xénophon, cet élève de Socrate à qui la maïeutique ne suffisait pas, se mit au service de Cyrus le Jeune alors en guerre contre son frère Artaxerxès II. Avec 10 000 volontaires grecs inoxydables.

Les choses tourneront mal pour Cyrus. Xénophon, sans rien lâcher et continuant à se battre, va ramener ses hommes vers la mère patrie, via l’Asie Mineure. Un exploit dont il a raconté l’héroïcité, « la retraite des Dix Mille », dans L’Anabase (qui est un de mes livres de chevet).

Aujourd’hui notre Présent, miracle quotidien depuis quarante ans (alors que nos « amis » ne lui donnaient pas deux semaines à vivre), fête son 10 000e numéro. Comparaison n’est pas raison ? Certes. Mais on ne m’empêchera pas de rapprocher en une même affection les dix mille soldats de fortune (et d’infortune) de Xénophon et ces dix mille numéros pour lesquels nous avons bataillé. Et il ne s’est pas passé un seul moment – même s’il y a eu des hauts et des bas (et même deux, trois bassesses, humain, trop humain) – où j’ai regretté d’avoir répondu présent à Présent.

Je suis devenu un petit poil plus tolérant que jadis (ma non troppo). Et les affres de l’âge, qui m’arrivent désormais en escadrille, tendent à me modérer. Mais il est un point sur lequel je ne dérogerai pas : Présent est une œuvre qui relève du sacré. Le quitter quand on en a été, l’attaquer – jusqu’à vouloir le tuer – quand on en a vécu, tient pour moi du sacrilège.

Je garde précieusement la lettre d’une lectrice qui, il y a quelques années, alors que nous étions dans une mauvaise passe (une de plus), m’écrivit : « Je vous envoie de l’aide. Mais sachez d’abord que je vous parle d’amour. D’amour de la France. D’amour pour ce journal dont vous ne mesurez peut-être pas toujours ce qu’il représente pour nous. D’amour pour ceux qui, jour après jour, le fabriquent et se battent pour qu’il vive. »

Depuis quarante ans – et des milliers de numéros donc, la preuve – nous avons été et nous sommes la seule voix quotidienne de notre famille politique. Donc la plus efficace. Donc la plus dérangeante. Et donc celle qu’on a essayé cent fois – et ça continue – de museler, voire de faire complètement taire.

Grâce à vous, avec vous, amis lecteurs qui êtes de la « famille » (comme disait Serge de Beketch), nous avons fait face et nous continuons de le faire. Avec le calme des vieilles troupes. Mais crânement. Naguère j’avais écrit, à la demande de Madiran, un poème imité de Cyrano de Bergerac pour essayer de traduire notre état d’esprit. Petit extrait de ce favorino intitulé « Les bretteurs de Présent » : « Plum’s d’aigle, œil de cigogne / Moustach’s de chats, dents de loups / Fouaillant la canaille qui grogne / Plum’s d’aigle, œil de cigogne / Ils sign’t des articles qui cognent / Et cognent et cognent les filous / Plum’s d’aigle, œil de cigogne / Moustach’s de chats, dents de loups ».

Nous avons écarté les épines (et cicatrisé nos cicatrices), bousculé les faux derches, passé les dos d’âne, les nids de poule, les chausse-trappes. Dix mille numéros, mon Dieu, c’est quelque chose ! De Xénophon à Présent, que se poursuive notre anabase ! •

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