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Rapport Sauvé : l’ombre d’un doute

Rendu public le 5 octobre dernier, le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (CIASE), présidée par Jean-Marc Sauvé, était immédiatement et (presque) unanimement salué par les grands médias comme un modèle de rigueur scientifique et d’honnêteté intellectuelle. Il faut dire qu’en insistant lourdement sur la responsabilité de la hiérarchie catholique dans ces abus, et en estimant à pas moins de 330 000 le nombre de personnes ayant fait l’objet de violences sexuelles de la part de religieux ou de personnes en lien avec l’Eglise depuis 1950, celui-ci ne pouvait que recevoir l’adhésion du lobby anticlérical et de ses innombrables relais. Or, après avoir observé plusieurs semaines de silence par respect pour les victimes, huit membres éminents de l’Académie catholique de France (ACF) ont récemment adressé à Mgr Migliore, nonce apostolique en France, un courrier dans lequel ils pointent du doigt non seulement « les faiblesses méthodologiques et les analyses parfois douteuses » du rapport, mais mettent également en cause son objectivité.

« A priori idéologique »

Ils sont huit mais, de l’aveu de certains, leur mécontentement serait partagé par une part importante de la hiérarchie catholique. Parmi les signataires de cette lettre figurent notamment Hugues Portelli, président de l’ACF, Jean-Dominique Durand et Yvonne Flour, vice-présidents, ou bien encore Jean-Luc Chartier, secrétaire général. La première de leurs critiques porte sur l’estimation du nombre de victimes par la commission Sauvé. Se demandant en effet « comment est-on passé de 171 victimes interrogées à 330 000 cas estimés », et rappelant judicieusement que ce chiffre de 330 000 n’est rien d’autre qu’une estimation issue d’un sondage IFOP, ils estiment que « la rigueur scientifique n’a pas présidé à ses travaux », mais plutôt un « esprit a priori idéologique », aboutissant à une « évaluation disproportionnée » qui « nourrit le discours sur son caractère systémique et fait le lit des propositions pour mettre à bas l’Eglise-institution ».

François reporte sa rencontre avec Sauvé

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. En effet, relèvent encore les membres de l’ACF, ce rapport, non content de présenter des « carences sérieuses dans les domaines théologique, philosophique et juridique », propose en outre 45 recommandations pour le moins « discutables dès lors que leurs prémisses le sont ». Formulées par une commission « sans autorité ecclésiale ni civile », ajoutent-ils fort justement, elles « ne peuvent être qu’indicatives », car « c’est à l’Eglise catholique seule […] qu’il revient d’entreprendre librement […] les réformes nécessaires pour retrouver son honneur et sa légitimité » ! Bref, si la publication de cette lettre a entraîné le départ de plusieurs membres de l’ACF qui se sont dits en désaccord avec cette initiative, il semble que celle-ci n’ait pas laissé non plus indifférent le Saint-Père, qui a récemment décidé de « reporter », voire d’annuler, l’audience qu’il avait prévu d’accorder aux membres de la commission Sauvé… •

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