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Classes tous riques

Grève du 13 janvier : vers un bras de fer général ?

Ils étaient plus de 100 000 contre le passe vaccinal ce week-end, ils étaient nombreux parmi les parlementaires à s’opposer à ce texte. Emmanuel Macron avait donc bien réussi son coup. En désignant comme ennemis les 10 % des Français non vaccinés (enfants compris), le chef de l’Etat avait donc détourné le tir de sa conduite désastreuse de la crise sanitaire. La fameuse technique du bouc émissaire avait encore une fois fait merveille, Emmanuel Macron a donc radicalisé son électorat, le tenant hors d’atteinte des appétits de Valérie Pécresse pour l’instant condamnée à jouer l’équilibrisme sur tous les plans. Politique d’abord en maintenant à flot son improbable tandem avec Eric Ciotti, stratégique ensuite en cherchant une base centre-droit en maintenant un vernis droite dure.

En bref, Macron s’est presque sauvé et a consolidé sa position avant de se lancer dans l’aventure de l’élection présidentielle. En définitive, il a fixé la ligne de front et s’est assuré qu’aucun coup sérieux ne viendrait des ailes et depuis son dos. Face à lui : les anti-passe et les souverainistes de tout bord dans un clivage qui l’arrange au mieux : le progrès contre le populisme. La raison contre la croyance. Il se pose seul en paladin des intérêts de cette génération vampire qui est prête à enfermer sa jeunesse pour continuer de jouir encore un peu plus. Ne reste qu’une ombre au tableau : le désastre de la rentrée scolaire en temps de Covid. L’image désastreuse des files d’attente de parents tenant par la main leurs enfants afin qu’ils se fassent tester pour pouvoir revenir à l’école a réenflammé les débats. Le témoignage d’une pharmacienne en a glacé plus d’un : « Je suis devenue celle qui fait pleurer les enfants pour les tester coûte que coûte. Les enfants pleurent, se débattent, hurlent à la mort, sont maintenus de force par leurs parents, eux aussi à bout. Parfois je refuse de tester un enfant dans ces conditions, et c’est alors que le parent me supplie en pleurant de tester et d’infliger cette souffrance à son enfant sinon il ne pourra pas retourner à l’école et le parent doit travailler, donc l enfant doit aller à l’école le lendemain. Parfois l’enfant est positif, et je vois alors des parents paniquer, pleurer, gronder, punir et menacer l’enfant qui ‟n’a pas fait assez attention à l’école”. Parfois, je dois refuser de tester, parce que je n’ai pas le temps. Parfois je me fais assaillir, insulter de tous les noms, l’impression d’être jetée en pâture aux loups, parce que je dis non. »

En définitive, avec cette grève de l’école, c’est le narratif qui ploie devant la réalité. Certains syndicats comme le SNUIPP-FSU annoncent que les 3/4 de leurs adhérents suivront l’appel des parents d’élèves, des inspecteurs et des professionnels de l’éducation. Près de la moitié des écoles seront fermées ce jeudi sur le territoire national afin de réclamer une « école sécurisée sous Omicron ». Déjà, un pays à l’abri des emmerdeurs, ce serait un bon début. Pour le duo Macron-Castex, ce choc sera sans doute décisif, non parce qu’il serait à même de fragiliser l’exécutif mais parce qu’il pourrait faire boule de neige. •

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