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Hidalgo : Paris perdu !

« La gauche n’en veut plus, les Parisiens n’en peuvent plus. Paris sombre sous la dette », vient de déclarer Rachida Dati qui ne ménage pas ses critiques à l’égard du maire de Paris. Sale temps, en effet, pour Anne Hidalgo qui a perdu de sa superbe après cette primaire populaire qui a hissé sur le pavois son double ultra-marin qui bénéficiera du soutien de ses congénères et de celui de tous ceux qui sont sensibles aux messages de la négritude. Christiane Taubira qui rêvait de revenir sur les planches et de se voir adoubée s’est prêtée complaisamment à cette opération qui préfigure la mise en place généralisée du vote électronique dont on a vu les effets dévastateurs aux Etats-Unis lors de l’élection de Joe Biden et qui permettra tous les accommodements et tricheries possibles.

Fluctuat… et mergitur

Le ralliement d’Arnaud Montebourg – il avait pourtant juré ses grands dieux qu’il ne soutiendrait personne après son retrait de la course présidentielle – ne permettra pas à Hidalgo d’effectuer la remontada qui lui éviterait la retirada que doivent souhaiter beaucoup de ses concurrents de gauche. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les magistrats de la chambre régionale des comptes qui ont passé au crible les finances de la capitale et estiment la dette à plus de sept milliards d’euros ont sorti le martinet sans toutefois appeler à une mise sous tutelle de la ville. Enfin, la publication de La Disparition de Paris, le livre que Didier Rykner (spécialiste du patrimoine et infatigable animateur du site La Tribune de l’Art) consacre à la destruction programmée du patrimoine parisien, devrait donner quelques cheveux blancs à Notre Drame de Paris. Elle s’est également juré d’avoir la peau de #SaccageParis, le mot-dièse qui regroupe tous ceux qui en ont assez des poubelles pas ramassées, des chantiers qui n’en finissent plus, du mobilier urbain mal entretenu, des plans de circulation insensés ou des jardins et des fontaines laissés à l’abandon. Selon le journal Le Parisien, la majorité écolo-socialo-communiste organiserait chaque semaine des réunions de crise pour savoir comment riposter.

Vandalisme tous azimuts

Depuis des lustres, Didier Rykner arpente les rues de Paris, photographie les immondices, les chantiers en souffrance, les trottoirs casse-gueule ou les publicités agressives imposées au péquin parisien. Pour parfaire sa connaissance du territoire parisien, il utilise les applications Google Maps et Google Street View qui permettent de constater l’évolution des espaces sur plusieurs années. Il est un nouveau Piéton de Paris avec l’œil plus acéré que celui de Léon-Paul Fargue, amoureux déclaré du Xe arrondissement dans lequel il avait vu le jour, et qu’il ne reconnaîtrait plus tant il a changé : « Avec ses deux gares, vastes music-halls où l’on est à la fois acteur et spectateur, avec son canal glacé comme une feuille de tremble et si tendre aux infiniment petits de l’âme, il a toujours nourri de force et de tristesse mon cœur et mes pas. » En 240 pages, Didier Rykner règle son sort à l’équipe municipale, recense les différentes étapes de la défiguration de la capitale et remet sévèrement en cause, exemples à l’appui, la politique patrimoniale et urbaine menée par Hidalgo mais également par son prédécesseur qui commença, par exemple, à massacrer la place de la République alors qu’Anne Hidalgo se faisait les dents en sa qualité d’adjointe à l’urbanisme et à l’architecture.

Pour ce journaliste d’investigation, un mot représente cette volonté de détruire méthodiquement le patrimoine : « réinventer ». « A Paris, on réinvente tout, comme si la ville dans laquelle nous vivons avait besoin d’être entièrement bouleversée, comme si nous avions donné mandat à la maire de réglementer notre vie entière. »

Aberrations en tous genres

Il tire un coup de chapeau aux animateurs de #SaccageParis qui viennent d’ailleurs de remporter une victoire avec la fin des « permis de végétaliser » le pourtour des arbres et le retour, autour de ces mêmes arbres, des grilles en fonte ajourée chères au Paris haussmannien. Le lecteur suit l’histoire de la disparition des fameux bancs verts à double assise Davioud, des réverbères en fonte ou des kiosques à journaux qui ont pris la poudre d’escampette. S’agissant des bancs, ils ont été remplacés par des horreurs en bois brut ou des modèles de bancs individuels en plastique ou en métal parfois disposés autour d’un arbre. Rykner nous apprend la naissance, en août dernier, du « banc en pierre rafraîchissant » installé devant l’église Notre-Dame-de-la-Gare (13e arrondissement). Pour la modeste somme de 19 000 euros, « il se déclenche au-dessus de 30° et s’alimente de l’air frais des souterrains et des carrières ». Aux dernières nouvelles, il n’était plus en place en décembre dernier.

L’amoureux de Paris fait également la chasse aux uritrottoirs et autres naturinoirs qui permettent aux exhibitionnistes de s’en donner à cœur joie. Pour la modique somme de 40 000 euros, les Parisiens ont pu admirer, du côté de Stalingrad, un urinoir qui fonctionnait à l’énergie solaire mais qui a rapidement été démoli quand ses concepteurs ont constaté que les feuilles des arbres alentour l’empêchaient de fonctionner. Rykner se désole de la prolifération des tags considérés par l’équipe municipale comme « un trésor pour les amateurs de street art » et déplore l’ambiguïté d’élus qui encouragent ces graffitis tout en les combattant quand les riverains protestent comme ce fut récemment le cas quai de Bourbon.

Haro sur les imposteurs

L’escroquerie écologiste d’Hidalgo est passée au peigne fin et, plus particulièrement, la théorie fumeuse consistant à « faire croire que “végétaliser” une ville, néologisme inventé par nos pseudo-écologistes municipaux, permettra de sauver la planète ». Il fustige celle qui prétend « rendre Paris plus vert et protéger les arbres alors que la ville est en réalité victime d’une surdensification qui fait disparaître d’innombrables îlots de verdure pendant que les coupes d’arbres se multiplient sans qu’on en comprenne vraiment la raison ». L’affaire de la glycine centenaire de Montmartre, coupée sans autre forme de procès, est rappelée tout comme l’abattage de ces arbres qui se multiplie dans de nombreux quartiers parisiens. Jardins historiques en souffrance, tel le parc Monceau ou celui des Buttes-Chaumont sans oublier le Champ-de-Mars qui est dans un état désastreux, squares et jardins abandonnés aux trafics en tous genres comme ceux de la place de La Chapelle ou les jardins d’Eole, emblématiques de l’impéritie parisienne, tout est disséqué par le menu.

S’agissant de l’urbanisme, Didier Rykner condamne la densification tendant à construire « systématiquement sur les jardins, parkings arborés ou espaces boisés existant en retrait de rue ». Il fait également le procès des tours, très prisées en ce moment, de Toulouse à Arles en passant par Lyon et Paris, et pense que, « bien loin d’ajouter à la beauté d’une ville, une tour représente plutôt un passé ringard qui imaginait que construire toujours plus haut serait une victoire pour l’humanité ».

La publicité agressive que l’on voit à tous les coins de rue ou sur les échafaudages des monuments en restauration – je pense à l’église de la Madeleine ou de la Trinité – est agressive et envahit Paris qui devient une ville-sandwich et offre l’image que présentait Venise avant que de bonnes âmes ne s’opposent à cette forme de prostitution. Avec ce livre Didier Rykner a engagé le procès de la beauté contre celui de la laideur. Comme l’écrivait Léon Daudet dans Paris vécu : « Les voies et artères d’une ville comme Paris sont des préparations d’événements heureux ou terribles, de naissances d’hommes bienfaisants, ou funestes, d’insurrections, de meurtres, d’avortements, de savants, de soldats, ou de poètes de génie, et de bien d’autres circonstances rassurantes, réconfortantes, ou fatales, enfermées dans des bipèdes humains. » Tout est dit.

  • Didier Rykner, La Disparition de Paris, Les Belles Lettres, 19 euros. •

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