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Dégelée à l’Est

Un nouvel exemple de faillite diplomatique

Les 7 et 8 février, le président Macron s’était rendu à Moscou pour y rencontrer Poutine et, le lendemain il était à Kiev pour un entretien avec Zelensky, le président ukrainien. « J’ai obtenu qu’il n’y ait pas de dégradation et d’escalade (…) et d’ouvrir des perspectives nouvelles. (…). Pour moi cet objectif est atteint. ». La suite actuelle montre que cette médiation a été un fiasco.

Macron était-il vraiment dans son rôle en jouant les juges de paix ? La France est certes membre de l’Union Européenne et Macron préside actuellement l’UE. Par ailleurs la France est membre de l’OTAN. Mais en cette dernière qualité, elle n’a aucun pouvoir de décision. Dans ces conditions, quelles garanties pouvait offrir Macron à ses homologues russe et ukrainien, ou quelles menaces pouvait-il brandir ? Aucune, en fait. On voit bien aujourd’hui que l’autosatisfaction affichée par Macron à l’issue des entretiens des 7 et 8 février était du pur wishful thinking, comme dirait notre président, un vœu pieux, comme on dit en bon français. Dimanche soir encore, après avoir passé quelques appels téléphoniques depuis l’Elysée, Macron nous a cette fois annoncé un futur sommet Poutine-Biden. Mais dès lundi le Kremlin s’inscrivait en faux.

Peut-être l’Union européenne aurait-elle une carte à jouer pour faire baisser les tensions entre les deux pays souverains que sont l’Ukraine et la Russie ? Mais l’appartenance de la plupart des pays de l’UE à l’OTAN ne lui permet pas, dans les faits, de jouer les arbitres. Car le nœud du conflit est lié au risque de voir l’Ukraine rejoindre l’OTAN, à l’opposition de la Russie à une telle adhésion, qui l’encerclerait, de fait.

Contrairement à ses affirmations, Macron n’a nullement convaincu Poutine des visées pacifiques de l’OTAN, sachant que le vrai pouvoir de décision de l’OTAN se situe à Washington. Or Biden a réaffirmé que l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord était d’application automatique : si un pays de l’OTAN est menacé dans son intégrité territoriale, tous les autres membres de l’OTAN (actuellement 30 pays occidentaux et la Turquie) doivent lui prêter main-forte. L’Ukraine ne fait pas partie, pour l’heure, de l’OTAN, ni de l’UE, d’ailleurs. Mais puisque Biden considère que ce qui se passe dans le Donbass, « c’est le début d’une invasion russe », l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN aboutirait logiquement à une guerre de grande ampleur. Ce serait la situation des Balkans des années 1990/2000, mais à une échelle supérieure, voire planétaire.

Le « en même temps » en guise de ligne diplomatique

Nous n’en sommes pas encore là, mais l’activisme du président Macron, pour bien intentionné qu’il soit (si on fait abstraction de l’arrière-plan électoral), aura simplement masqué quelques jours la gravité des antagonismes géopolitiques. Le « en même temps » macronien ne peut tenir lieu de ligne diplomatique, dans ces moments de forte tension. Le résultat est là : l’initiative de Macron est un échec ; elle a été ressentie comme une marque de faiblesse, de fragilité, de l’EU, par ses interlocuteurs.

En outre ce n’est pas un évènement isolé. Elle est à rapprocher de notre déconfiture au Mali, où nos soldats ont quitté le pays sous les huées de la foule. Pourtant 58 de nos soldats y avaient perdu la vie. Les mercenaires pro-russes de l’entreprise Wagner remplacent désormais Barkhane pour « sécuriser les intérêts de la Russie et la junte », selon Macron. Au moment de son déplacement à Moscou et Kiev, il y a 15 jours, le président avait sans doute déjà tourné la page de cet humiliant épisode, mais ses interlocuteurs, sans doute pas. •

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