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500 parrainages pourquoi faire ?

Ouf ! Jusqu’à la semaine dernière, rien ne nous paraissait plus important que cette affaire de parrainages. Nous savions la quête très difficile, cette année. L’inquiétude des deux équipes n’était pas feinte. Malgré les sondages, qui plaçaient les candidats patriotes en tête de l’opposition, l’échéance du 4 mars approchait et les 500 signatures n’y étaient pas. La barre a donc été franchie le 1er mars.

Présent préparait un hors-série se voulant original : en tête-bêche un soutien à Marine Le Pen, avec Alain Sanders à la manœuvre. Et en retournant le journal, votre serviteur expliquait toutes les raisons de voter pour Eric Zemmour. Mais notre crainte était que l’un des deux, voire les deux soient écartés. Nous n’osions pas évoquer cette hypothèse, mais par prudence, nous avions repris dans ce hors-série, qui sera dans les kiosques quand vous lirez ces lignes, l’excellent témoignage de Bruno Gollnisch qui racontait à quel point cette quête avait été difficile, à chaque présidentielle.

Le conflit ukrainien a soudain donné à cet enjeu un caractère assez secondaire. Le risque était grand que, dans le contexte de la crise à l’Est, le gouvernement ne relativise la gravissime atteinte aux libertés qu’aurait constitué l’élimination de candidats représentant 40 à 55 % des intentions de vote, en comptant Mélenchon, lui aussi un temps sur la corde raide. Pour le coup, Poutine aurait trouvé plus retors que lui ! Bayrou avait vu le danger découlant d’une présidentielle avec 70 % d’abstention. C’est pourquoi il avait donné son parrainage à Marine Le Pen, tandis que David Lisnard, le très droitier maire de Cannes, donnait le sien à Mélenchon, et le dirigeant LR François-Xavier Bellamy, à Eric Zemmour.

Au final Mélenchon a obtenu 808 parrainages, Eric Zemmour 620, Marine Le Pen 503, et Dupont-Aignan est lui-même repêché, avec 532 signatures. Parmi les prétendants vraiment connus, seule Taubira était encore en difficulté, le 2 mars, avec seulement 181 parrainages, à deux jours donc de l’échéance. Mais à gauche, on ne se précipite pas pour parrainer l’icône d’ébène, car le camp « progressiste » bénéficie déjà d’un trop plein de candidats agréés : Mélenchon, Jadot, Hidalgo, Roussel, Arthaud, Macron lui-même, dans une certaine mesure.

Un nouveau parti ne peut aligner d’emblée 500 grands électeurs

Pourquoi la quête a-t-elle été si difficile ? La règle des 500 parrainages, parmi 42 000 grands électeurs potentiels favorise les partis en place, même s’ils sont en pleine déroute, comme LR et le PS. Le candidat communiste a recueilli pour sa part 613 signatures alors qu’il ne pèse plus grand-chose.

Mais un parti comme Reconquête, créé il y a trois mois, ne peut aligner d’emblée 500 grands électeurs, même s’il bénéficie du parrainage de transfuges.

Il y a ensuite le fait que trois candidats (en comptant Dupont-Aignan) se disputent un électorat assez proche. Un candidat unique aurait pu recueillir mathématiquement plus de 1 600 parrainages.

La troisième raison tient aux menaces de mort et autres injures peintes sur les façades de mairies par les grands démocrates « antifas ». Tous les maires ne sont pas courageux.

On ne peut imaginer que, tous les cinq ans, se renouvelle une telle confusion. L’anonymat des parrains avait été levé car, nous avait-on expliqué, les grands électeurs devaient assumer leur choix. Mais dans la mesure où, pour éviter un « fiasco démocratique », des parrainages viennent de camps opposés, cet argument est vidé de son sens. Le professeur de droit public Frédéric Rouvillois milite pour un mixte de parrainages d’élus et d’électeurs, avec un seuil nettement plus faibles pour les élus. Ce serait le bon sens. •

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