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Présent, l’Ukraine et la Russie

Comme cela est déjà arrivé dans le passé, en particulier sur les questions de politique étrangère, certains de nos lecteurs (et même certains de nos rédacteurs) se lamentent et récriminent parce qu’un mot leur a déplu dans un sens ou dans l’autre, dans les pages de leur quotidien. Notre public, nos collaborateurs ont l’habitude de nager à contre-courant. En outre, ils sont aguerris au déchiffrage des fausses informations et des manipulations de l’opinion. Et ce que nous vivons actuellement, ce que nous entendons actuellement, charrie à haute dose ces pratiques déplaisantes, propres à tous les combats idéologiques mais plus encore en temps de guerre. C’est bien pourquoi ils sont vent debout contre les rumeurs, les amalgames, les visions simplistes. Et ils ont raison.

Mais dans cette affaire, complexe, il y a, qu’on le veuille ou non, un agresseur et une victime, ou, si l’on veut, un agresseur principal et une victime principale, même si les responsabilités sont très partagées. En notre âme et conscience, il ne nous est pas possible d’approuver cette attaque d’un pays souverain, quoi qu’on pense de son président actuel, et tout en sachant que les minorités russophones y ont souvent été traitées sans aménité.

Il faut aussi se souvenir que les Ukrainiens ont été les victimes de l’Holodomor, un crime contre l’humanité, un ethnocide, d’une ampleur exceptionnelle. Si les coupables étaient le Parti communiste d’Union soviétique, Staline et ses hommes, et aussi ceux qui, à l’Ouest, ont nié ou caché ces monstruosités, on comprend néanmoins que les Ukrainiens éprouvent un fort sentiment de suspicion à l’égard des dirigeants russes. Les Polonais, les Baltes regardent eux aussi avec beaucoup d’inquiétude ce qui se passe à leurs frontières, se demandant si leur indépendance ne risque pas, à terme, d’être remise en cause. Notons aussi que, parmi les rares alliés de la Russie, on trouve actuellement la Chine communiste, qui multiplie les provocations contre Taïwan, et la Corée du Nord, qui en fait tout autant.

Raison garder, c’est sans doute d’abord ne rien oublier de cela. Mais, bien entendu, nous ne devons pas non plus être dupes des intérêts américains, du sentiment d’encerclement et d’humiliation ressenti par l’immense majorité du peuple russe, de l’erreur historique qui a été commise, après la chute du mur de Berlin, en ne démantelant pas l’OTAN. Enfin nous sommes bien conscients que l’anti-poutinisme est aussi alimenté par ceux qui reprochent à ce grand peuple russe de refuser les dérives sociétales qui affaiblissent actuellement l’Occident.

Mais la guerre est une voie à n’emprunter qu’en toute dernière extrémité. L’Occident s’est lancé dans deux guerres mondiales, qui prirent l’allure de guerres civiles en Europe. Nous en payons encore les conséquences.

Quel est l’intérêt de la France ?

La position de Présent, dans cette affaire, est de ne rien nier des circonstances et des responsabilités qui ont conduit à ce désastre. Pour cela nous nous efforçons de favoriser une analyse et des débats, ouverts et sans tabous, à contre-courant, bien souvent, de ce que nous entendons actuellement un peu partout. Des articles et des entretiens peuvent paraître se contredire ; au vrai, ils se complètent.

Notre grille d’analyse doit systématiquement être ordonnée autour de la question suivante : quel est l’intérêt de la France à court et moyen terme ? Que devons-nous souhaiter, encourager, dénoncer, pour défendre les intérêts de notre pays, de ses habitants ? Comment apprécier ce qui se passe, à l’aune de nos intérêts politiques, économiques, géopolitiques ? En toute hypothèse cette guerre à l’Est ne sert en rien les intérêts de notre pays. Elle doit cesser au plus vite, avant que d’autres acteurs – ou les mêmes – ne transforment un conflit local en quelque chose d’infiniment plus grave. •

Francis Bergeron

Samuel Martin

Anne Le Pape

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