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La tentation du vote utile

Le vote utile, né au PS après la défaite de Lionel Jospin en 2002, est devenu un argument majeur de campagne électorale. Au point de tuer la démocratie ?

Ils seraient les deux candidats à profiter du vote utile. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen pourraient bénéficier plein pot de ce phénomène électoral encore assez récent. L’enjeu de ces deux candidats n’est à vrai dire plus de s’affirmer comme l’opposant légitime à Emmanuel Macron mais bien d’incarner tout d’abord la seule voie efficace pour leurs sympathisants. Mélenchon tente de se placer en unique champion de la gauche tandis que Marine Le Pen semble en passe de convaincre une partie des zemmouristes de miser sur elle pour accéder au second tour. Si Emmanuel Macron et Marine Le Pen semblent faire la course en tête, impossible de ne pas voir la percée de Mélenchon, lui aussi est en dynamique. Le leader de la France insoumise gagne encore un point aujourd’hui pour atteindre 16,5 % des intentions de vote au premier tour. Il est encore loin du second tour, puisque Marine Le Pen progresse en parallèle mais se rapproche de son score au premier tour de 2017 (19,58 %) et ce malgré la présence du candidat communiste Fabien Roussel qui compte toujours 3 % des intentions de vote. Marine Le Pen (84 % de sûreté du choix), Emmanuel Macron (81 %) et Jean-Luc Mélenchon (77 %) peuvent compter sur une grande sûreté du choix. Le concept du vote utile, ce poison anti-démocratique semble en passe de s’imposer dans cette campagne, mais au fait, d’où vient ce phénomène ?

En avril 2002, Lionel Jospin est éliminé au premier tour et le PS prend l’une de ses pires gueules de bois politiques. Les socialistes y avaient vu une conséquence de la multiplication des candidatures de gauche ayant par trop affaibli un Jospin déjà essoré par la cohabitation. L’explication est séduisante, consolatrice pour le PS même si elle n’explique pas tout. C’est en tout cas depuis ce fameux 13 avril 2002 qu’on tend à remplacer le vote de cœur par le vote de raison. Le vote utile est le fait de voter pour un candidat ayant supposément plus de chances d’être élu plutôt que pour celui que l’on préfère. Ce phénomène aurait pour effet d’empêcher un candidat tiers de remporter l’élection. C’est un type de vote stratégique. Ironie tragique pour le PS qui avait préempté ce concept pour se garder de toute concurrence à gauche et qui voit, impuissant, Jean-Luc Mélenchon reprendre ce flambeau. Il faut dire que le PS est devenu fantomatique, absorbé par le trou noir macroniste et pilonné par la France insoumise, on ne peut pas dire qu’à terme le vote utile leur a porté chance. Selon Acrimed, le terme est utilisé 39 fois durant la campagne présidentielle française de 2002, 1 075 fois durant celle de 2007, 1 068 fois durant celle de 2012, et 1 503 fois durant celle de 2017. A la base assez secondaire, il devient incontournable et semble être pris en compte dans toute stratégie de campagne politique. Au fond, le vote utile aurait ceci de commode qu’il rendrait le premier tour de l’élection présidentielle presque obsolète et inutile. Et donc raccourcirait la mauvaise farce qui se joue sous nos yeux. •

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