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Deux semaines pour renverser la table

La présidentielle est un exercice cruel et difficile. A peine les chiffres sont-ils connus, à peine les militants déçus ont-ils ravalé leurs larmes que déjà la compétition reprend, cette fois pour la première et unique place du podium. Déjà les sondages de second tour tombent, tenant compte des nouveaux rapports de force : 49-51 pour un organisme de sondage, 46-54 pour un autre. A l’avantage de Macron dans les deux cas. Le match final sera serré.

Mais les écarts ne sont pas tels qu’ils rendent le pari ingagnable. Et, n’en déplaise à Pécresse et Mélenchon, aux deux bouts de l’échiquier, ce ne sera pas un choix entre modéré et extrémiste. Les gagnants et les perdants de la mondialisation se trouvent dans tous les camps, à droite comme à gauche.

Revenons rapidement sur les résultats finaux. Vous remarquerez d’abord que, après avoir déploré le fort pourcentage d’abstention, les commentateurs se sont rapidement focalisés sur la seule chose qui compte en fait, à savoir le score de chacun des candidats. C’est une nouvelle illustration du peu de cas que l’on fait des « abstentionnistes militants », de ceux qui se refusent à voter, soit parce qu’aucun candidat ne correspond à leur idéal, malgré le large éventail proposé, soit parce qu’ils contestent le principe même du suffrage universel pour choisir le président. L’abstention est bien la plus mauvaise option.

L’UMPS est morte. Merci, Marine, merci, Eric !

La principale bonne nouvelle de ce premier tour, c’est qu’il a enfin enterré cette UMPS que Jean-Marie Le Pen avait désignée et combattue pendant près de 40 ans. Les deux partis qui ont dominé le paysage politique français ne totalisent plus que 6,5 % des voix, ce qui correspond à une mort clinique.

Le nouveau paysage politique compte trois pôles : une extrême gauche proche du gauchisme ou du communisme de son époque glorieuse, mais sans la béquille soviétique et les psalmodies marxistes, un centre gauche conforme à la tradition radical-socialiste à la Herriot ou Daladier, et le camp patriote, avec un parti désormais à vocation électorale, et un autre plus militant, plus jeune.

Une fois dressé l’acte de décès de l’UMPS, doit-on se contenter de constater qu’un système politique en a remplacé un autre ? Pas exactement. L’UMPS était le fer de lance du cordon sanitaire dressé autour du FN, et qui le privait de représentation politique. Le tripartisme qui émerge des urnes rappelle un peu le tripartisme de la IVe République : communistes, socialistes et MRP, mais il s’agit d’un tripartisme orienté globalement dans un sens plus patriotique : le RN, même édulcoré, se situe dans le courant identitaire et souverainiste, ce qui n’était pas le cas du MRP d’autrefois. Le macronisme est plus hétérogène, moins à gauche que la SFIO de Léon Blum et Guy Mollet. Quant à LFI, c’est un parti extrémiste, certes, mais bâti autour d’un seul homme, excellent orateur, de la qualité (sur ce plan) d’un Jacques Doriot. Il sait fédérer les mécontents, les révoltés, les violents. Mais la dangerosité de LFI n’a rien de commun avec le parti de traîtres que constituait le PC de Duclos, Waldeck Rocher, Georges Marchais.

Dès dimanche soir, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan ont annoncé qu’ils soutiendraient au second tour la candidature de Marine Le Pen. Même si les résultats du polémiste n’ont pas été à la hauteur des espoirs que sa candidature avait fait naître, il apporte une vraie réserve de voix à la candidate du RN (plus de deux millions).

En 2002, le « front républicain » avait été si puissant que Le Pen avait à peine amélioré son résultat de premier tour. En 2017, Marine Le Pen avait bénéficié du soutien de Dupont-Aignan, mais le score de premier tour de ce dernier n’atteignait pas les 5 %. Malgré cela, et malgré une mauvaise prestation lors du débat d’entre-deux-tours, la candidate du FN avait néanmoins amélioré d’un million de voix le score total des candidats patriotes.

Si une sorte de front républicain s’est à nouveau constitué dimanche soir, avec Mélenchon, Jadot, Pécresse et Hidalgo, seul Mélenchon représente un potentiel électoral significatif, et ce front est bien moins uni qu’il en donne l’apparence : « l’abstention militante » sera la position de nombre d’électeurs, mélenchonistes, notamment. Le grand timonier de LFI n’a d’ailleurs pas appelé à voter contre Le Pen, mais à ne pas voter Le Pen (« Pas une voix pour Le Pen ! », a-t-il martelé).

La carte de l’unité

Pour reprendre l’expression de Mélenchon lui-même, il y a, dans cette perspective de second tour, un « trou de souris », qui pourrait transformer une improbable victoire de Marine Le Pen en succès, si la candidate du RN bénéficie d’un report sans arrière-pensée des électeurs patriotes.

En face, certains s’apprêtent à voter Macron « en se bouchant le nez », ou à s’abstenir par rejet des deux candidats. Il faut donc jouer à fond la carte de l’unité, du vote utile. Laissons de côté divergences et rancœurs : pas une voix patriote ne doit manquer à Marine Le Pen le 24 avril. •

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