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Scandales alimentaires : les poisons surgelés

Les moyens des autorités de contrôle pointés du doigt

Les récents rappels de produits alimentaires industriels des firmes Buitoni et Kinder (voir Présent du samedi 9 avril) mis en cause dans des contaminations bactériennes suscitent une légitime vague d’inquiétude chez les consommateurs, ainsi qu’un certain nombre d’interrogations. Celles-ci portent notamment sur les moyens des autorités de contrôle de la production alimentaire.

Ainsi l’ONG Foodwatch a vigoureusement dénoncé la faiblesse du modèle de sécurité alimentaire en vigueur en France comme en Europe. En effet, ce sont les entreprises, notamment agroalimentaires, qui ont actuellement l’obligation de faire des autocontrôles pour s’assurer qu’elles ne commercialisent que des produits non dangereux pour la santé. Demander à des entreprises dont la rentabilité et le profit sont les seuls objectifs de s’autocontrôler, d’être le propre juge de leurs pratiques de production, peut, il est vrai, apparaître bien naïf et léger. D’autant que les fonctionnaires chargés de la surveillance de ces « autocontrôles » sont de moins en moins nombreux et donc les inspections plus rares, ce qui laisse une place toujours plus grande aux négligences et aux abus, comme on a pu notamment le voir dans l’usine Buitoni du Nord où des excréments de rongeurs ont été découverts dans certaines farines.

En février 2019, la Cour des comptes avait déjà regretté que des « insuffisances subsistent à toutes les étapes de la chaîne de contrôle de la sécurité sanitaire de l’alimentation, depuis les autocontrôles réalisés par les entreprises jusqu’à la publication des résultats des inspections ». Dans un domaine aussi sensible et vital que l’alimentation, une telle faiblesse du système de protection des consommateurs est clairement scandaleuse pour ne pas dire criminelle.

Ainsi, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), chargée de contrôler la sécurité et la conformité des produits, perd des effectifs depuis plusieurs années et ne peut plus remplir correctement ses missions.

Dans le Nord par exemple, les effectifs de la DGCCRF sont passés de 57,3 équivalents temps plein (ETP) en 2016 à 52 en 2020. Globalement, les effectifs de la DGCCRF ont baissé de près de 30 % entre 2007 et 2020, passant de 3 656 à 2 673 agents. Résultat, selon la Cour des comptes, « les moyens humains ne permettent pas de couvrir, par un contrôle de premier niveau, une part significative des établissements de certains secteurs ». Voilà où mène le dogme libéral de réduction des personnels de la fonction publique et de destruction progressive et programmée des services publics.

Par ailleurs, on doit également regretter la faiblesse des sanctions encourues par les entreprises défaillantes qui sont rarement traînées jusqu’au tribunal ni frappées suffisamment au portefeuille. Comme dans tous les domaines, sans l’application de sanctions dissuasives et exemplaires, la récidive est évidemment plus que probable. •

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