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Si Marine est élue…

Journal d’une curée de campagne

« Ça fout les jetons », s’émeut Roger Zabel !

Lorsque Nostradamus, au XVIe siècle, forgeait des quatrains « prophétiques » destinés à horrifier ses lecteurs, il avait recours à trois principaux maux : les soulèvements populaires, les épidémies, les guerres. Le Système ferait volontiers de même pour dissuader les électeurs de voter Marine dimanche prochain. Le problème est que les Gilets jaunes, le covid-19 et une guerre en Europe se sont déjà produits… et ce, sous Macron. De même l’embrasement de Notre-Dame, thème tout à fait nostradamique. Il faut donc trouver d’autres sujets d’angoisse. Florilège.

— « Avec Marine Le Pen, les pauvres vont peut-être mourir », selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin en meeting à Montceau-les-Mines (peut-être ? pourquoi peut-être ?).

— « Si l’extrême droite gagne, moi comme tant d’autres militant·e·s féministes, ou antifa, ou antiracistes, nous sommes menacées très directement de mort », assure Alice Coffin (Libération).

— « La France ne sera plus la France » car la préférence nationale instaurerait « une forme d’apartheid », selon Hervé Gattegno (Le Point).

— « Les juifs de France pourraient se voir interdire de continuer à manger casher », craint le président du Consistoire central Elie Korchia (interviewé dans Le Monde).

— Ce sera, « non seulement pour les musulmans mais surtout pour la République », « un drame historique », avertit la Grande Mosquée de Paris (voir les brèves de Camille Galic en page 8).

— « Des centaines de milliers d’étrangers et de binationaux seraient interdits d’emploi », prévoit L’Obs.

— Il y aura « plus de chômage », selon le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer sur RTL (qui ferait mieux de se préoccuper de sa partie puisque beaucoup de professeurs relèvent avec étonnement que les enfants ukrainiens réfugiés en France ont un an d’avance en mathématiques).

— L’élection de Marine profitera « aux plus riches en renforçant les inégalités », expliquent six économistes dans une tribune publiée par Le Monde (ce sera donc comme avec Macron, en fait).

— Parallèlement le prix Nobel d’économie Jean Tirole assure que le programme économique de Marine Le Pen « appauvrira durablement notre pays » (même remarque que précédemment).

— Ce serait, explique Opinion internationale, « un coup de poignard mortel pour notre pacte républicain, la discorde civile, un désastre économique, une rétrogradation de notre puissance déjà malmenée » (idem).

— Son programme culturel nous éloignera « de l’histoire de la France résistante, humaniste, généreuse et ouverte sur le monde », prophétisent 500 artistes et écrivains (dont Fabrice Luchini, Béatrice Dalle, Pierre Arditi, Gilles Lellouche, Enrico Macias, Thomas Dutronc, Guillaume Canet, Charlotte Gainsbourg, Marc Lévy…). Et puis, pensez : Marine Le Pen « a fait alliance avec des puissances totalitaires et bellicistes » (sic).

— La France de Marine Le Pen sera celle « du retour au droit du sang, de la fermeture à l’autre, du renoncement à toute forme de diversité et d’hospitalité », avaient mis en garde, quelques jours avant, des dirigeants d’institutions culturelles, dont Jack Lang qui précisait : là où des élus RN exercent le pouvoir, ils « censurent les créateurs, oppriment les enseignants, les professeurs, les chercheurs » (toutes choses dûment constatées à Hénin-Beaumont, Fréjus, Beaucaire, Hayange, etc.).

Mille professionnels de la santé signent une tribune dans le JDD : l’extrême droite « porte en germe la destruction de notre Etat-providence, nos services publics et particulièrement notre système de santé » (ce fameux système de santé si florissant avant, pendant et après la pandémie).

— Le centriste Jean Arthuis va plus loin (Twitter) : « En poussant les médecins étrangers hors France, Marine Le Pen condamnerait nombre de nos hôpitaux à la fermeture » (en novembre dernier, le sénateur Sébastien Meurant rappelait que « sur la période 2013-2018, pas moins de 60 hôpitaux publics ont mis la clé sous la porte »).

Quid du droit des femmes ? s’inquiète L’Obs car, « au sujet de l’avortement, Marine Le Pen est assez trouble » (hélas, sa position n’est que trop claire en faveur du maintien de ce « droit »).

— Marine Le Pen est d’une « incompétence totale », assène le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti sur BFMTV, sa présidence « annonce le chaos » (un ministre de la Justice mis en examen pour prise illégale d’intérêt étant, on veut le croire, compétent et pas du tout chaotique dans ses Sceaux).

— Elle fermera Twitter et Facebook, assure l’ex-présentateur de téléréalité, petit-fils d’Yves Montand et Simone Signoret, Benjamin Castaldi sur C8.

— Elle est « un danger pour les travailleurs », déclarent conjointement dans le JDD Laurent Berger et Philippe Martinez, secrétaires généraux de la CFDT et de la CGT (qui ont tant fait pour les travailleurs que ceux-ci préfèrent désormais le RN).

— Elle est un danger pour la démocratie, avertissent Les Echos : « Comme dans les pays autoritaires, Marine Le Pen veut faire primer le référendum sur la démocratie représentative. »

— Une opinion partagée par quatre professeurs de droit qui écrivent dans une tribune au Monde : « Comme tous les leaders autoritaires, MLP veut dynamiter la démocratie libérale en faisant appel au peuple » (ah, quand le peuple se mêle de démocratie…).

— Les mesures que propose Marine en matière de laïcité seront « anticonstitutionnelles », « discriminatoires », selon Marianne. Possible. Mais qu’elles soient également « inefficaces », on demande à voir.

— La presse européenne s’inquiète pour la France et l’UE, si l’on en croit L’Express : une présidence lepéniste « serait un désastre » (Die Zeit) car elle « libérerait les démons xénophobes » (The Guardian).

— Eric Rochant, réalisateur de l’excellent Bureau des légendes, n’en est pas à une près : « Nous serons les alliés de Poutine et non ceux de l’Europe dans la guerre. Nous serons définitivement abîmés au plan économique et social. Plusieurs générations vont payer ce choix » (Twitter).

Libération confirme le « cauchemar » qui se dessine : l’élection de Marine est le « scénario dont rêve Poutine » car elle « entraînerait une implosion de l’Europe et un rapprochement avec la Russie et les démocraties illibérales ».

— D’ailleurs, pour le sénateur Claude Malhuret, Le Pen est la « complice d’un criminel contre l’humanité », rien de moins (Europe 1).

— Bref, Le Pen à l’Elysée, « ça fout les jetons », résume sur Twitter l’ancien journaliste sportif Roger Zabel.

Cette avalanche de contre-vérités risquant de ne pas suffire, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal s’est dévoué pour en remettre deux couches lundi. Une approximation lors de l’émission « Questions politiques » (France Info et France Inter) : « Est-ce que les Français préfèrent le candidat qui veut lutter contre le grand réchauffement ou la candidate qui a théorisé le grand remplacement ? » – confondant Renaud Camus avec Marine Le Pen. Et une élégance (« Les quatre vérités », France 2) : « Les atrocités qu’on constate en Ukraine sont un point de détail de l’histoire pour Marine Le Pen. »

Tout cela vous donnerait plutôt envie de voter pour elle ? Sachez-le, ce faisant, vous rejoindrez les antivax, les Gilets jaunes et les complotistes (le JDD). Tenez-vous-le pour dit. 

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