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De vives voix

La semaine politique

L’heure est venue de choisir entre la France et la finance.

Le bulletin de vote au nom de Marine Le Pen paraît être le dernier moyen d’empêcher Emmanuel Macron d’appliquer son programme destructeur pour le pays, qu’il estime lui-même proche de la guerre civile. Qu’ils viennent de Reconquête ou d’ailleurs, les patriotes doivent s’unir derrière la candidate du Rassemblement national.


Il est difficile, à la veille du scrutin présidentiel, de commenter la semaine politique passée, alors que le lecteur en sait désormais autant que nous, qu’il se pose les mêmes questions que nous, et que les retombées du débat de jeudi n’ont pas toutes été analysées. Dans quelques dizaines d’heures, il sera possible de dire qui est le vainqueur, qui est le perdant de cette présidentielle 2022.Le comptage des bulletins aura certes désigné un gagnant et un perdant officiels. Mais il y a deux façons de perdre ou de gagner. Une victoire très étriquée (Giscard d’Estaing en 1974 : 50,81 % des suffrages, 425 000 voix d’avance sur Mitterrand) peut plomber toute la séquence présidentielle qui va suivre. Inversement, une courte défaite peut constituer un tremplin, en particulier si le faible écart de voix n’avait pas été anticipé par les sondeurs et les politologues, voire annoncer une révolte populaire d’une ampleur sans précédent.

Autrement dit, si les résultats déjouent les pronostics, Macron peut perdre cette élection par un comportement inattendu des électeurs, spécialement des indécis et de ceux qui étaient présumés abstentionnistes, ou il peut aussi perdre cette élection par une inconfortable victoire. D’autant que nul ne se fait d’illusion sur les difficultés qui attendent le vainqueur, dans un monde devenu spécialement dangereux et où la France s’est marginalisée, avec un Etat gravement endetté, un effondrement programmé du pouvoir d’achat, du fait d’une inflation inéluctable, d’un fort affaiblissement de notre système de protection sociale, torpillé qui plus est par l’immigration incontrôlée.

Une victoire étriquée de Macron serait aussi une défaite. Ce serait aussi une forme de rejet du personnage, de sa morgue, de cette dialectisation qu’il symbolise entre l’élite, les « sachants », et le petit peuple, ceux que Hollande appelait « les sans-dents », ces ploucs, ces franchouillards, caricaturés par Charlie et les autres, avec béret, baguette, durillon de comptoir, et verre de pernod à portée de lèvres. Cette France des humbles qui a généré chez les puissants la grande peur de 2018-2019, les Gilets jaunes, véritable jacquerie du XXIe siècle, cette France-là n’a pas disparu, elle se renforce, au contraire. Elle s’est exprimée dans la rue, elle s’est exprimée par ses votes, elle resurgira dès le lendemain de la présidentielle. La France des ronds-points est toujours là, on va l’entendre très fortement demain, quel que soit d’ailleurs le nom qui sera sorti des urnes.

Mélenchon vrai vainqueur ?

Depuis quinze jours, à en croire la classe politico-médiatique, et à en croire surtout l’intéressé lui-même, le grand vainqueur du premier tour ne serait ni Macron ni Marine Le Pen, mais… Mélenchon ! Parce qu’il est arrivé en troisième position, il est devenu le nouveau héros d’une gauche en quête d’incarnation. Mélenchon, par ses foucades, par son ego surdimensionné, par son incapacité à jouer « collectif », fait peur à ce qui reste de la gauche, mais depuis le 10 avril, celle-ci n’a plus d’alternative : c’est Mélenchon ou rien. Le PS en a d’ailleurs pris acte, par la voix d’Olivier Faure, le premier secrétaire du parti, les communistes et les écologistes aussi.

Si aux législatives de juin, la gauche se présente dans un désordre aussi fort qu’à la présidentielle, ce sera le massacre, prédisent désormais les partis de gauche. C’est pourquoi, mangeant son chapeau, Olivier Faure a engagé une tentative de rapprochement du PS avec LFI. Mais n’est-il pas trop tard ? Est-ce vraiment l’intérêt de LFI de saisir cette main tendue, alors qu’il a réussi à aspirer un maximum de voix chez ses concurrents de gauche ? Est-ce l’intérêt de LFI de contribuer au renflouement financier du PS ou des écologistes, à leur survie, alors que ces partis sont sur le point de disparaître du paysage politique et de laisser un terrain dégagé aux mélenchonistes ? Sur ce plan, mais sur ce plan seulement, le 10 avril a en effet consacré la supériorité de l’alliance socialiste-communautariste sur les autres combinaisons de gauche.

Car pour le reste, que pèse désormais la gauche dans les urnes ? Le score – inespéré – de Mélenchon n’est que l’addition artificielle, l’addition d’un jour, de toutes les voix de toutes les gauches, dans une tentative désespérée d’empêcher Marine Le Pen d’être présente au second tour. Le premier échec de la gauche est cet échec-là. Malgré un siphonage extrême, toutes les gauches réunies sur un nom n’ont même pas réussi à battre le RN tout seul. Du même coup, tous les autres partis de gauche, des partis historiques dont les noms des dirigeants souillent nos rues et nos places, et occupent le paysage politique depuis cent ans et plus, sont sur la voie d’un grand processus d’autodissolution.

Mais il reste la rue, me direz-vous. Chaque fois que la gauche est sortie affaiblie d’un scrutin, ou d’événements politiques internationaux, elle a sauvé les meubles par la rue et par la violence. Cette fois encore, comme en 2002 et comme en 2017, elle a voulu montrer sa force, menacer le peuple, en quelque sorte, en jetant dans la rue les nouvelles tricoteuses, les nouvelles milices citoyennes. Le samedi 16 avril, une trentaine d’organisations de gauche et d’extrême gauche avaient appelé à de gigantesques rassemblements, avec pour mot d’ordre unique : « Contre l’extrême droite et ses idées, pas de Marine Le Pen à l’Elysée. » La rime était presque riche, mais les cortèges furent pitoyables : 4 000 personnes à Paris, quelques centaines dans une trentaine d’autres grandes villes. Au total, à peine une douzaine ou une quinzaine de milliers de personnes. Quelques milliers de personnes seulement pour 30 associations, dont la CGT, la CFDT, tous les partis de gauche et d’extrême gauche ? Ça fait pitié ! LFI n’a pas la puissance militante du PC de l’époque faste du stalinisme. Les 21,95 % des voix mélenchonistes du 10 avril n’étaient que des voix de rencontre, qui ne sont attachées ni à la personne de Mélenchon, ni à son parti.

Ciotti a tout perdu

A l’issue des législatives de juin, celui que Jean-Paul Huchon, qui fut patron du PS pour la région Ile-de-France, surnommait « Méchant Con », fait preuve en tout cas d’une magnifique capacité de rebond – de résilience comme la mode nous pousse à écrire aujourd’hui –, d’adaptation aux situations. Il se voit déjà Premier ministre d’un gouvernement de cohabitation sous présidence Macron. Mais à la vérité la prétendue victoire de Mélenchon n’est rien d’autre qu’un faux-semblant, qui doit tout à l’imagination de ce dernier, à sa capacité à faire rêver les sympathisants, à leur peindre les lunettes en rose. Et les médias et journalistes de gauche suivent, n’ayant guère eu de motifs de se réjouir, à l’issue de cette compétition.

Au cours de cette élection, le RN, comme Reconquête, n’ont pas réussi à débaucher de nouveaux poids lourds de la « droite républicaine » (sic : comme si Marine Le Pen représentait une « droite royaliste » et Zemmour une « droite bonapartiste »). Les notables LR se sont fondus dans le macronisme, et les militants ont rejoint le RN ou plus souvent Zemmour.

Les vrais perdants du fiasco Pécresse, ce sont ces militants, et aussi des gens comme Eric Ciotti. Un boulevard s’ouvrait à lui s’il avait rejoint le RN ou Reconquête. Mais il a commis une énorme erreur politique, comme Rachida Dati, comme tous ces notables qui n’ont pas osé franchir le Rubicon. Le 4 février encore, Eric Ciotti, dans les colonnes du Figaro Magazine, se disait persuadé que « la droite se rassemblera majoritairement autour de Valérie Pécresse ». On connaît la suite. Aujourd’hui Ciotti, sans dire pour qui il votera dimanche, explique que ce ne sera pas pour Macron. Le choix se restreint…

A la vérité, Ciotti, Retailleau, Bellamy, Morano, et ceux qui leur ressemblent, ont laissé passer leur chance. Leur carrière politique est virtuellement terminée. Ils n’ont pas senti le vent de l’histoire, par peur du vent des boulets. En politique, si l’opportunisme est parfois payant, la lâcheté jamais.

Qui a dit que l’élection présidentielle a été ennuyeuse ? Sans surprise ? Elle a été passionnante, au contraire. Les surprises n’ont jamais été aussi nombreuses, la recomposition politique qui en découlera sera spectaculaire, sans précédent. Nous pensions terminer à la fin de ce mois d’avril notre série de « semaines politiques » qui commentaient la campagne présidentielle. Mais, quel que soit le résultat du 24 avril au soir, les législatives des 12 et 19 juin revêtiront une importance telle que nous avons prévu de poursuivre jusqu’à fin juin cette chronique qui nous raconte un vieux monde qui s’écroule, et des plafonds de verre qui se fissurent.

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