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Mauvais tour

Après la déception… quelle stratégie pour les législatives ?

Un premier quinquennat social, migratoire et sanitaire désastreux ? Qu’à cela ne tienne, les électeurs en redemandent. Réélu avec 58,5 % des voix, Emmanuel Macron voit sa morgue confortée. À la droite nationale de s’unir aux législatives pour former le contre-pouvoir nécessaire.


Rassemblés au Pavillon d’Armenonville, au bois de Boulogne, dimanche en fin d’après-midi, les 400 journalistes et les 500 invités du RN savaient plus ou moins, par des sondages de sortie des bureaux de vote, que Macron l’emporterait. Cette première déception a donc été suffisamment précoce pour en atténuer le choc, même si c’était l’effondrement d’une grande espérance.

Il y eut ensuite les spéculations sur le niveau de cette défaite. La nouvelle s’était répandue de l’excellent score de Marine Le Pen dans les DOM-TOM, un vrai raz-de-marée mariniste partout, et spécialement au nord de la Guyane et à Mayotte, là où l’on sait ce qu’est le Grand Remplacement. Ces scores exceptionnels ont pu laisser espérer un temps que le résultat serait plus serré que prévu. Mais, à 20 heures, c’est le chiffre de 42 % qui s’est affiché sur les écrans géants.

Il n’y a pas eu de larmes, si ce n’est celles de quelques militants qui n’avaient pas imaginé possible une défaite, compte tenu du dévouement, des nuits blanches, des sacrifices. Les vieilles troupes, elles, ont l’habitude de ces soirées électorales, toujours une épreuve, qui se terminent souvent en deçà des espérances. Elles savent aussi que la vraie victoire n’est pas dans les urnes, elle est dans l’influence sur l’opinion publique. Sur ce terrain-là, le courant patriotique est dans une dynamique, même si le « camp du bien » l’a emporté une fois encore.

Ne pas désespérer Hénin-Beaumont

L’écart de 16 points entre les deux finalistes est considérable, mais il y a cinq ans, il était de 32 points. Et en 2002, Jean-Marie Le Pen avait été battu avec un fossé de 64 points (18 % contre 82 %) ! Sur cette même période qui va de 2002 à aujourd’hui, l’écart s’est donc considérablement réduit.

Marine Le Pen a mis l’accent, dans son commentaire des résultats, sur cette progression, sur la conquête des voix, pour ne pas désespérer Hénin-Beaumont : « Les idées que nous représentons arrivent à des sommets un soir de second tour d’élection présidentielle. » Un résultat qui « représente en lui-même une éclatante victoire ». La formule sollicite un peu la réalité du score. Elle rappelle celle de Ségolène Royal, le soir de sa défaite de 2007, rendant hommage à « l’idéal qui nous a rassemblés et nous rassemble, et qui va, j’en suis sûre, nous rassembler demain pour d’autres victoires » (sic).

En politique, il n’y a qu’un gagnant : Marine Le Pen a perdu, et cette défaite se situe à un niveau significatif, même si on se souvient qu’en décembre 1965 Mitterrand avait été battu par de Gaulle à 45 % contre 55 %, ce qui n’avait empêché ni Mai 68 ni sa victoire de 1981 contre Giscard d’Estaing.

La politique, sport cruel

Si la politique est une sorte de sport, il s’agit d’un sport cruel, car à peine les rampes des estrades étaient-elles éteintes, à peine les journaux télévisés avaient-ils fini d’afficher les résultats, que déferlaient les analyses critiques, les petites phrases assassines. Eric Zemmour a sorti pour l’occasion une formule assez méchante : « C’est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen. » Le constat est exact, mais il ne faut pas non plus oublier que c’est Le Pen père et fille qui ont sorti ce que les médias appellent « l’extrême droite » de l’insignifiance absolue, jusqu’à attirer les suffrages de douze millions d’électeurs. Jamais dans l’histoire de ce courant politique un tel chiffre n’avait été atteint. C’est un score d’autant plus impressionnant que les médias et la classe politique ont littéralement tiré au canon sur la candidate du RN. Du moins au second tour.

La candidature d’Eric Zemmour avait en effet protégé Marine Le Pen jusqu’au premier tour. Cette protection a d’ailleurs laissé penser que la dédiabolisation était achevée, et que cette stratégie était la bonne. Mais la suite a prouvé qu’il n’en était rien. En quinze jours, Marine Le Pen a largement rattrapé Zemmour dans l’exposé des horreurs qui s’abattraient sur le pays si par malheur elle était élue. Et, lors du débat, le candidat Macron n’a pas fait dans la dentelle, n’hésitant pas à la présenter comme un agent de Poutine.

C’est d’ailleurs la principale critique que l’on pouvait faire à ce fameux débat : au lieu de parler du bilan de Macron, de la façon dont il a géré le Covid, de la crise des Gilets jaunes, l’insécurité et l’islamisme, nous avons eu droit à un étrillage de Marine Le Pen sur le financement de sa campagne, ses liens supposés avec Poutine, la mettant constamment sur la défensive. Mais qui était le sortant ? Qui devait être jugé sur ses résultats, et sur l’écart entre ses promesses et ses réalisations ?

La première conclusion de cette élection, c’est donc que la dédiabolisation ne marche pas, que la décision de dédiaboliser ou non appartient au système, pas au RN. Quand a été sonné l’hallali, au lendemain du 10 avril, la trêve à l’égard de Marine Le Pen a été instantanément levée, et le pilonnage a commencé, comme du temps de son père, comme à l’égard de Zemmour.

La seconde leçon, c’est que le système s’est renforcé par la fusion de fait entre LR et PS. Le quasi-monopole médiatique est également impressionnant : L’Humanité et Les Echos défendant le même candidat, voilà qui est inédit !

La centralisation des lieux de pouvoir et des outils de communication, les méthodes gouvernementales et cette hégémonie du « camp du bien » ont créé une France de type brejnévien, broyant toute opposition par l’emploi des méthodes les moins démocratiques qui soient. Le RN en est la victime, mais, en ne parvenant pas à retenir ses cadres, partis chez Zemmour pour des motifs finalement peu clairs, le parti s’est privé de beaucoup de ses relais d’opinion sur le terrain, capables de contrebalancer la propagande gouvernementale, exactement comme Jean-Marie Le Pen quand il avait perdu ses principaux cadres partis avec Mégret en 1998. Le RN sera-t-il capable de faire son autocritique sur ce point, de réformer sa gouvernance d’ici les législatives ? Ne serait-ce que pour éviter d’autres hémorragies ?

« Grande coalition des droites et de tous les patriotes »

Et même si cela n’est pas dans les gènes de l’« extrême droite », ne serait-il pas temps d’affronter la prochaine échéance électorale en concluant des alliances, en constituant un front patriote, comme la gauche est en train de ficeler son front populaire bis pour sauver les meubles ? Le 10 avril a montré d’une part le rapport des forces réel entre RN et Reconquête, et d’autre part une sociologie très différente des électeurs de l’un et l’autre parti. Il est temps d’en tirer les conséquences et de se répartir les circonscriptions, plutôt que de tenter d’être présent partout, au risque de présenter des candidats sans implantation locale ou de niveau insuffisant. Une bérézina aux législatives après cette présidentielle bien en deçà des espérances sonnerait le glas des ambitions du RN. Mais si la constitution d’une « grande coalition des droites et de tous les patriotes » évoquée par Zemmour n’est pas à l’ordre du jour, que le RN s’en explique et annonce très vite la formule qui serait susceptible de faire rebondir le camp national. •

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