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D’un extrême à l’autre

Manifestations du 1er mai : un troisième tour… pas social du tout !

Une semaine après avoir réélu Macron, la gauche a défilé, l’extrême gauche a cassé. On prend les mêmes et on recommence.

Que les défilés du 1er mai aient pris pour cible le président réélu et sa réforme des retraites, rien d’anormal : pour ratisser les voix LR, Macron avait agité ce chiffon rouge pendant toute la campagne. Avec un certain succès. Mais les manifestations de dimanche, assez peu fournies, totalement politiques, ont néanmoins donné lieu à violences, saccages et menaces, pour tenter d’imposer une sorte de troisième tour extrémiste.

Où étaient les Français, ce 1er mai globalement très ensoleillé ? A la messe, comme chaque dimanche, pour quelques millions de catholiques. Dans plus de 2 000 vide-greniers et brocantes, pour quelques millions d’autres. Sevrés de brocantes, de salons d’antiquaires et de vide-greniers depuis deux ans, les Français, se sont en effet rattrapés ce dimanche, d’autant que les menaces sur le pouvoir d’achat encouragent bien entendu les achats de meubles, vêtements et autres biens d’occasion. C’est dire si les 250 rassemblements politico-syndicaux de ce 1er mai 2022, recensés sur tout le territoire, n’ont pas représenté l’essentiel des activités de loisir des Français.

Il n’empêche que l’on ne retiendra probablement de cette journée que la manifestation d’une « colère du peuple » contre l’élimination de la gauche au second tour, contre la présence de la candidate du RN et la réélection de Macron. Antifas et black blocs ont d’ailleurs tout fait pour qu’il en soit ainsi, avec l’assentiment des partis de gauche, trop heureux de se retrouver entre eux, pour se consoler de leurs pitoyables scores électoraux.

Sur l’ensemble du pays, ces 250 rassemblements auraient mobilisé un total de 210 000 personnes, selon la CGT, LFI et les communistes. Mais les observateurs plus neutres et les journalistes de la presse locale n’en ont pas vu plus de 100 000 ou110 000 : ce qui ne représentait que quelques dizaines de personnes dans les villes moyennes, par exemple 220 personnes (comptabilisées avec une grande précision) à Châteauroux, la préfecture de l’Indre, regroupées par petits paquets derrière les banderoles des organisations politiques et syndicales organisatrices : LFI, Verts, PCF, trotskistes du NPA ou de Lutte ouvrière, et aussi CGT, FSU, UNSA, Solidaires, soit un manifestant pour 1 000 habitants du département. Ce n’est pas encore la foule des grands jours…

La poignée de main Mélenchon-Faure

Le plus gros rassemblement était celui de Paris. 20 000 personnes environ, avec en vedettes les chefs de la gauche et de l’extrême gauche bras dessus bras dessous : Mélenchon, Bayou pour les Verts, Olivier Faure pour le PS, etc. La poignée de mains entre Mélenchon et Faure a fait grosse impression, car elle a été considérée comme le signe que la gauche et l’extrême gauche iraient unies aux législatives en juin. Seul le communiste Roussel manquait à l’appel, car il manifestait sagement dans son coin à Lille, à la tête d’un plutôt maigre cortège de 1 800 personnes, dans une région qui fut longtemps un fief communiste.

C’est à Paris qu’a eu lieu la manifestation la plus importante, le traditionnel cortège de la place de la République à la place de la Nation. C’est aussi le rassemblement qui a donné lieu aux actions violentes les plus nombreuses : incendies, destruction d’un fast-food, attaques de pompiers, saccages d’agences bancaires, tentatives de pillage de magasins et de distributeurs de billets. La routine, en somme.

Selon un correspondant de Présent sur place, les casseurs étaient 200 ou 300, habillés de noir, gantés et cagoulés, portant des casques et chaussés de baskets. Très mobiles, ils s’en sont pris à toutes les vitrines du boulevard Voltaire, de la rue Oberkampf, de la place Léon-Blum. Armés de marteaux, ils visaient plus spécialement les établissements bancaires, les assurances, les agences immobilières… Mais un magasin de produits bio a subi le même sort, sans que cela émeuve particulièrement les écologistes présents dans le cortège. A croire que ces produits bios ne protègent pas tant que cela la santé.

L’une des attaques contre les pompiers a été filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux. On distingue un soldat du feu en train d’éteindre un incendie à la lance. Une manifestante tente de l’en empêcher et se met à le frapper. « Cela suffit ! Honte à la sauvagerie, incompréhensible cette nouvelle agression vis-à-vis des sapeurs-pompiers de Paris dans l’exercice de leurs fonctions », ont déclaré les sapeurs-pompiers dans un message. Même Hidalgo a condamné ces attaques.

Des incidents du même genre se sont produits à Nantes et Rennes. En début de soirée, 45 pillards et casseurs avaient été arrêtés. Mais déjà des collectifs d’avocats et de personnalités s’organisaient pour les faire libérer. La routine, là aussi. Il est probable que la plupart d’entre eux auront été relâchés dans la nuit, pour être – au mieux – convoqués ultérieurement. Mais c’est maintenant que la tolérance du gouvernement à l’égard de ceux qui ont agi comme ses supplétifs pendant toute la campagne électorale risque de se retourner contre lui. •

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