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Rôle et beauté des liturgies catholiques

Entretien avec Anne Le Pape

Le tout dernier hors-série de Présent, consacré à la liturgie catholique traditionnelle dans sa diversité, évoque les rites d’origine apostolique – remontant donc aux différents Apôtres – et vient d’arriver dans les kiosques. Anne Le Pape est à l’origine de ce dossier.

— Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de ce thème pour un hors-série de Présent ?

— Francis Bergeron, l’organisateur de nos hors-séries, désirait y voir traité un thème religieux. En effet, la défense du catholicisme et de la civilisation qu’il a forgée est au cœur de la naissance de Présent et de toute son histoire. Or, intéressée par les rites catholiques orientaux, j’avais commencé une série de reportages dans les églises parisiennes les accueillant. Cela a constitué le noyau de départ du hors-série, étendu à toutes les églises concernées et complété par des entretiens avec des prêtres s’intéressant particulièrement à ce monde catholique oriental, comme l’abbé Ribeton, recteur du séminaire européen de la Fraternité Saint-Pierre, ou avec des prêtres biritualistes, comme le père Diaz ou le père Thomas.

— Mais vous évoquez également l’histoire du rite latin ?

— Comment ne pas le faire lorsque l’on parle des liturgies catholiques traditionnelles ? Il s’agit d’ailleurs « des » rites latins. L’abbé Celier resitue ces rites dans leur histoire ; l’abbé de Tanoüarn offre une réflexion riche sur notre messe latine ; le père Pellaumail, cérémoniaire de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, évoque le rite dominicain ; et Frédéric Tavernier, diplômé en musique byzantine et docteur en philosophie, parle du rite mozarabe, dont le nom est trompeur, car il s’agit bien d’un rite latin, toujours célébré mais à l’histoire mouvementée.

— Vous êtes donc allée sur place dans les différentes églises parisiennes de rites orientaux. Combien y en a-t-il ?

— Elles sont au nombre de neuf : ukrainienne, russe, roumaine, melkite, syriaque, maronite, arménienne, copte et chaldéenne. La mise en place à Paris d’un lieu de culte réservé aux rites guèze et syro-malabar est encore à l’état embryonnaire. En France, trois Eglises orientales ont chacune leur éparchie (ce qui correspond au diocèse dans le rite latin) : celles des Arméniens, des maronites et des Ukrainiens. Toutes les autres relèvent d’un ordinariat correspondant à un diocèse dont le territoire couvre le pays mais dont la juridiction est limitée aux communautés catholiques orientales qui ne disposent pas de leur propre éparchie en France.

— Cet ordinariat a, je suppose, un évêque à sa tête ?

— Effectivement, c’est l’archevêque de Paris qui occupe cette fonction.

— Ces Eglises n’ont-elles pas chacune une sorte d’« Eglise sœur » non rattachée à Rome ?

— Toutes les Eglises d’Orient – sauf l’Eglise maronite – ont une partie rattachée à Rome, l’autre non. Ces Eglises, quand elles se sont séparées de Rome, ont conservé les liturgies venues des Apôtres. Les fidèles qui ont rejoint Rome à diverses époques ont donc pu garder intégralement leur liturgie. Les Eglises catholiques orientales ont traditionnellement le même rite que les Eglises restées séparées de Rome, la seule différence étant le nom du pape cité durant la messe, souvent appelée Divine Liturgie.

— Avez-vous assisté à la messe, ou à la Divine Liturgie, dans toutes ces églises ?

— Oui, et j’ai rencontré et interrogé le curé du lieu ou un responsable.

— Prétendez-vous faire œuvre de théologien, ou de liturgiste ?

— Pas le moins du monde ! J’ai accompli un travail de journaliste, qui « raconte le monde ». Mon but est de faire partager cette découverte à nos lecteurs et, pourquoi pas, de leur donner envie d’assister à ces liturgies que nous ne connaissons pas assez, nous catholiques romains, dans l’ensemble. Nos frères catholiques orientaux, souvent exilés par la force de chez eux, notamment par des persécutions islamistes, sont très touchés qu’on veuille découvrir leurs rites.

— Avez-vous constaté une certaine permanence du rite dans ces églises, ou au contraire des changements importants ?

— Les réponses aux questions que je pose apportent des éléments précis dans ce domaine : « Célébrez-vous de la même manière que vos homologues non réunis à Rome ? », par exemple. Ou : « Y a-t-il eu des changements importants dans votre liturgie ? » Les photos peuvent être parlantes : on constate que le prêtre célèbre face à Dieu, ou au contraire qu’il le fait désormais face au peuple. Bien sûr, il ne s’agit que des catholiques orientaux présents à Paris (ils ont également, pour la plupart, un certain nombre d’églises en province). Dans leur pays d’origine, ce peut être différent. Et il ne faut pas oublier qu’ils ont aussi subi l’obligation durant la crise sanitaire de donner la communion dans la main. La plupart ne l’ont jamais fait auparavant. Certains ont d’ailleurs gardé l’usage de la communion sous les deux espèces à l’aide d’une petite cuillère en bois individuelle.

— Quelles lectures le lecteur intéressé peut-il envisager ?

— Je conseille aux lecteurs que ces questions intéressent de se procurer d’occasion, s’ils le peuvent – en plus bien sûr de notre hors-série, qui constitue une introduction sérieuse – le livre du père Nicolas Liesel, paru en 1959, sur Les Liturgies catholiques orientales. Le père Liesel était prêtre du diocèse de Saratov, sur la Volga, en Russie. Son volume, plein de précisions, fait découvrir les diverses liturgies « par l’image ». Il aide à se préparer à suivre les diverses liturgies, et aussi à constater les changements advenus, lorsqu’il y en a. Enfin, ne pas oublier de prendre sur place le livret qui permet de suivre l’office : on en trouve quasiment dans tous les cas. Parfois, des écrans permettent également de suivre le déroulement de la cérémonie.

— Vous donnez à deux reprises, d’abord concernant le rite catholique romain traditionnel puis les rites orientaux, des séries de citations. Dans quel but ?

— Vous aurez remarqué que ces citations ne sont pas forcément attendues, je veux dire qu’elles n’émanent pas de liturgistes « conservateurs » ou « traditionalistes », mais de grands noms de spécialistes plutôt progressistes. Or elles reconnaissent toutes l’inestimable valeur du rite romain, et la nécessité de le respecter.

— A qui revient la charge de conclure ce dossier ?

— L’abbé Barthe a bien voulu le faire, sous la forme d’un entretien. Il met en valeur le fil conducteur de ce dossier : montrer que la liturgie est transmise et reçue, non discutée, non créée, non modifiée ; elle nous formate mais ce n’est pas nous qui la formatons. •

Propos recueillis par Philippe Vilgier

  • Durant son émission du 11 mai « Voix au chapitre » sur Radio Courtoisie, Anne Le Pape évoquera ce hors-série de Présent en compagnie de l’abbé Grégoire Celier, qui y a donné un entretien. Ils parleront également du dernier livre de l’abbé Celier, Le XIXe parallèle, paru aux éditions Via Romana (voir l’article de Robert Le Blanc dans Présent du 9 avril 2022). Emission de 10 h 30 à 11 h 30, le lendemain 12 mai de 6 heures à 7 heures et de 14 heures à 15 heures, puis à la demande.
  • À commander ici.

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