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CFDT : la cheville ouvrière de Macron

Son soutien à Macron était purement politique

La CFDT se prétend sans inféodation politique. Pourtant, pendant la campagne électorale, elle a pris fait et cause pour Macron lors du second tour de la présidentielle. A peine le président de son choix est-il élu que la même CFDT part en guerre contre Macron sur la retraite à 65 ans Qu’en conclure ? Que le soutien de la CFDT à Macron était dicté par des considérations purement politiques (ce qui est illégal), aucunement sociales.

Drôle de syndicat que cette CFDT. Elle est aujourd’hui le premier syndicat français, avec environ 27 % des voix aux élections professionnelles, devant la CGT (23 %) toujours communiste, même si ce n’est plus la courroie de transmission d’un PC, qui n’est plus non plus le puissant parti stalinien d’après-guerre.

La CFDT, elle, se veut réformiste. Sur le terrain, les élus CFDT ont des sensibilités diverses, pouvant aller du royalisme à l’extrême gauche. Cela n’a pas toujours été le cas : dans la foulée de mai 68, la CFDT s’était radicalisée et avait souvent servi de structure d’accueil pour les militants maoïstes, notamment. Depuis lors les gauchistes ont créé leurs propres structures pseudo-syndicales du type Solidaires. La CFDT s’est donc refait une sorte de virginité, au regard de ses dérives passées, qui ont beaucoup ressemblé aux dérives du progressisme catholique, mouvance dont elle était issue.

Mais lors de cette présidentielle, le syndicat que préside Laurent Berger a multiplié les prises de position politiques de mise en garde « contre l’extrême droite », tout en indiquant que la CFDT ne prendrait pas position à l’égard des autres candidats. Déjà en 2014, il expliquait que le FN était « une tache sur la démocratie ». Drôle de démocratie qui consiste à contester à un tiers du corps électoral la valeur de son vote.

La prise de position de la CFDT en faveur de Macron répondait à des considérations strictement politiques, sans aucun rapport avec la mission d’un syndicat : sur le débat relatif au report de l’âge de la retraite à 65 ans, qui se veut un casus belli pour la CFDT, celle-ci se déclare aujourd’hui « vent debout ». Or la candidate du RN avait inscrit pour sa part dans son programme le retour à la retraite à 60 ans, certes nuancée par la condition d’avoir commencé à travailler avant 20 ans.

« Des objectifs essentiellement politiques »

En bonne logique, Roland Berger aurait dû dire, lors du second tour, qu’« il n’appartient certes pas aux syndicats de prendre des positions politiques, mais que sur la question des retraites, la position de la CFDT rejoignait celle du RN, à l’opposé de celle de Macron ». Non seulement Berger n’a rien dit de ce genre, mais il a occulté sciemment la question des retraites. C’est une fois Macron réélu, que Berger monte au créneau…contre le candidat pour lequel il a fait campagne.

L’attitude de Berger a provoqué quelques remous au sein de sa confédération. D’autres syndicats, comme la CFTC et la CGC, se gardent bien de pratiquer ce genre d’hypocrisie, qui constitue d’ailleurs une entorse grave aux grands principes censés régir les syndicats. La Cour de cassation a eu l’occasion de préciser qu’un syndicat professionnel ne peut pas « poursuivre des objectifs essentiellement politiques ». La CFDT de Berger a franchi, une fois de plus, la ligne jaune.

Quoi qu’on pense de la retraite à 60 ans (revendication assez peu réaliste, économiquement parlant), le mélange des genres entre le politique et le syndical, avec prime au politique, contribue au discrédit des syndicats, malgré leur utilité… sur le plan social, uniquement. •

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