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Législatives : c’est ballot !

Pour le second tour : ni Macron ni Mélenchon !

Le second tour des législatives s’annonce riche en ballottages. La survie de la macronie impose à celle-ci de ne pas lancer un front républicain qui mettrait la Nupes en tête, et donc de laisser gagner çà et là les candidats RN… Une position mal commode que le camp national a tout intérêt à exploiter.


Les urnes ont parlé, mais elles ont parlé très bas, avec seulement 47,5 % de votants. Un record historique de désintérêt pour des législatives. A l’issue de ce premier tour, il y a un vainqueur : Mélenchon, qui fait miroiter une victoire de la NUPES le 19 juin. Il y a surtout un perdant : Macron. Le recul du camp présidentiel va bien au-delà de ses prévisions les plus pessimistes et lui laisse craindre une chambre majoritairement hostile.

Samedi 10, à Paris, de la place Blanche à la place de la République, 8 000 personnes, représentant plus de cent organisations, avaient défilé « contre le racisme et l’extrême droite », répondant à l’appel des groupuscules d’extrême gauche antifas et black blocs. Il s’agissait d’une ultime opération d’intimidation pour décourager les Français de voter pour les candidats patriotes. « Pas d’élus pour les fascistes », scandaient les participants de cette « marche des libertés » (sic).

Mélenchon s’y était fait entartrer par un jeune homme, apparemment nationaliste, ce qui a donné l’occasion au grand timonier de LFI de se présenter comme une victime, évoquant un acte « lâche », qui « aurait pu être pire ». A quoi pensait-il ? A un égorgement à la façon de ses amis islamo-progressistes ?

Mais les incantations de dernière heure des adeptes des lendemains qui chantent ne semblent pas avoir eu d’impact sur les électeurs : le RN a recueilli environ 19 % des suffrages, et Reconquête (les partisans de Zemmour), 4 %. Dans une forme de scrutin qui a toujours été très défavorable aux candidats nationalistes, le RN et Reconquête ne s’en sortent pas trop mal, en matière de pourcentage des voix recueillies. Nous retrouvons une France partagée entre trois courants : la gauche, le marais macronien, et la droite. LR confirme son effacement progressif, même si les projections en sièges laissent entendre que ce parti pourrait en obtenir davantage que le RN.

Un « front républicain » impossible à mettre en place

Quant à Eric Zemmour, qui avait fortement animé la campagne présidentielle, le voici marginalisé, comme le furent avant lui Mégret et Philippot. 4 % des voix pour Reconquête, c’est trois points de moins que son score à la présidentielle, Cet échec est d’autant plus cruel que Zemmour était entré en politique sur l’argument qu’il était mieux placé que Marine Le Pen pour faire échec à Macron.

Certes les résultats du RN au premier tour ne laissent pas espérer une forte représentation parlementaire pour ce parti – on parle de 15 à 30 députés. Mais le risque de rééditer la contre-performance de 2017 (huit élus en tout et pour tout) s’éloigne, et la probabilité de pouvoir constituer un groupe parlementaire est désormais quasi certaine.

D’autant que le duel qui se met en place dans la plupart des circonscriptions va opposer un candidat NUPES à un candidat macroniste. Dans ces circonscriptions-là, le RN est généralement arrivé en troisième position. Il devient donc l’arbitre du scrutin. Ni Mélenchon ni Macron ne peuvent se permettre de constituer, à la différence de 2017, un « front républicain » contre les candidats patriotes. Mélenchon compte sur un électorat RN sensible aux questions de pouvoir d’achat et de retraite. Les macronistes vont devoir convaincre ces mêmes électeurs que la NUPES accentuera l’insécurité et le communautarisme. Chaque camp développera son discours en prenant garde de ne pas indisposer les électeurs RN à leur égard. La manœuvre est délicate.

Dans le cas d’une confrontation de second tour du RN contre la NUPES ou du RN contre des macronistes, la situation ne sera pas plus confortable car les écarts en voix comme en espérance de sièges sont si faibles entre la NUPES et les macronistes que les uns comme les autres ont un intérêt évident à envoyer à la Chambre un député RN de plus plutôt qu’un élu susceptible de donner un avantage déterminant au camp d’en face. On l’a bien senti en écoutant Castaner tenter laborieusement de ne pas répondre aux questions des journalistes de BFM sur la mise en place de l’habituel « front républicain contre l’extrême droite ».

53,96 % pour Marine Le Pen

Dimanche prochain, pas une voix ne devra manquer aux candidats du RN ni aux quelques autres candidats de la droite nationale présents au second tour. Rien n’est joué, il est donc important de voter, là où sont présents des patriotes au second tour.

Nous détaillerons cette semaine nos espérances d’élection de députés, mais notons d’emblée l’excellent score de Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais : 53,96 %. Elle manque sa réélection dès le premier tour en raison du taux d’abstention. Dans ce département, les scores des candidats RN allaient de 27 à 47 % des voix. Dans d’autres régions, les scores du RN laissent également espérer des sièges.

« Et Caroline Parmentier ? », nous ont demandé certains lecteurs dès 18 heures. Dans la 9e circonscription du Pas-de-Calais, elle a obtenu 30,79 % des voix, ce qui peut lui laisser espérer une élection au second tour. Notons que Caroline, qui assistait au dépouillement dans la petite ville de Chocques, située dans sa circonscription, y a recueilli 43,75 %, au grand dam du maire socialiste : il était présent, et a demandé à ses administrés de la siffler à l’énoncé des résultats. Quelle élégance ! •

Francis Bergeron


Quelques résultats notables

  • Si l’on classe les arrivées en tête au premier tour par parti, cela donne : Ensemble (203 circonscriptions), Nupes (194), RN (110), LR-UDI (42), Gauche (9), Droite (8), Régionalistes (7), Extrême droite (sic – 2), Centre (2).
  • En réunissant plus de 50 % des suffrages exprimés, cinq députés ont été élus dès le premier tour, parmi lesquels quatre Insoumis : Alexis Corbière, Danièle Obono, Sarah Legrain, Sophia Chikirou.
  • Cinq triangulaires sont annoncées : quatre verront s’affronter des candidats Ensemble, Nupes et RN (2e circonscription du Tarn, 2e de la Nièvre, 1re et 2e du Lot-et-Garonne) ; dans la 3e circonscription des Hauts-de-Seine, le LR Philippe Juvin affrontera Ensemble et la Nupes.
  • Emmanuelle Ménard arrive largement en tête (45,76 %) devant le candidat Nupes (17,05 %) ; de même Marie-France Lhoro (41,01 %) devant la candidate macroniste (25,27 %).
  • Nicolas Dupont-Aignan (33,34 %) précède de peu la candidate Nupes (30,50 %).
  • Elisabeth Borne et les quatorze membres de son gouvernement qui se présentent aux législatives sont au second tour. Parmi eux, deux se retrouvent face à un candidat RN : le ministre de la Santé Brigitte Bourguignon (32,10 %) contre Christine Engrand (30,33 %) ; le ministre du Commerce extérieur Franck Riester (29,27 %) contre François Lenormand (25,41 %).
  • Des éliminés : Guillaume Peltier arrivé en 5e position (14 %) ; l’ex-ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer (18 %) ; Florian Philippot (4,62 %).
  • Dans la 20e circonscription du Nord, le secrétaire national du PCF Fabien Roussel – député sortant – est arrivé en tête avec 34,13 % des voix, talonné par le RN Guillaume Florquin (32,64 %). •

Guy Denaere

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