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Tes états d’âme, Éric

Sans appeler à voter RN, le comité politique de Reconquête a appelé à ne pas voter pour la majorité et la Nupes, un strict minimum au vu de la présence de plus de 200 candidats RN au second tour.


Aucun candidat de Reconquête, le parti d’Eric Zemmour, ne sera en lice au second tour. Arrivé en cinquième position, après le RN et LR, Reconquête vient d’officialiser sa position : il ne donne pas de consigne de vote, mais « fait confiance » à ceux qui l’ont soutenu, « pour ne voter ni Macron ni Mélenchon ».

Indirectement, les partisans d’Eric Zemmour appellent donc à soutenir le RN, comme lors du second tour de la présidentielle, puisque, dans les faits, s’affronteront dimanche, pour l’essentiel, des candidats de Macron, de Mélenchon… ou de Marine Le Pen. Plus marginalement, on peut aussi interpréter le ni-ni de Reconquête comme un soutien aux candidats LR ou divers, dans les circonscriptions où ceux-ci se trouveraient face à des candidats NUPES ou macronistes. Les partisans de Zemmour rejoignent en fait la position exprimée par Marine Le Pen dès dimanche soir.

Or, à la différence de la NUPES, le RN dispose d’une réserve de voix pour le second tour, celles, précisément, recueillies par les listes de Reconquête (environ un million de suffrages dimanche dernier), et aussi celles de Debout la France et autres souverainistes (environ 250 000 voix), ainsi que d’une probable majorité des voix LR, si le candidat RN affronte un mélenchoniste dimanche.

Le 24 avril, alors que le RN était l’ennemi à abattre, et déjà désigné comme non républicain, Marine Le Pen avait néanmoins progressé de 23,15 à 41,45 % des voix, soit nettement plus que le total des voix de Zemmour, Dupont-Aignan et jusqu’à Pécresse et Lassalle réunies.

Même si l’appel de Reconquête à soutenir le RN est moins affirmé que lors du second tour de la présidentielle, il n’en demeure pas moins que les électeurs vont reporter leurs voix sur les candidats RN encore présents. Le discours « pas une voix pour l’extrême droite », « pas une voix pour le RN » entendu dans les rangs macronistes comme chez LR, ne peut que pousser les électeurs patriotes ayant voté pour Reconquête à voter pour les marinistes au second tour.

Qui plus est, nous assistons à un nouveau changement de ton au sein de la majorité, avec appel au « sursaut républicain », à « l’intérêt supérieur de la nation ». C’est la découverte soudaine – tous calculs faits et refaits – que le camp présidentiel risque de ne pas avoir une majorité à la Chambre, la perspective d’un pays ingouvernable, l’opposition étant certes divisée, mais unie sur son refus de voter les textes de la majorité.

Reste l’électeur stratège

Le sursaut attendu chez les abstentionnistes reste très improbable, ce n’est pas de là que peuvent venir les surprises, bonnes ou mauvaises, et les correctifs de dernière minute.

D’autre part, le second tour de ces législatives se place sept jours après le premier, une séquence trop courte pour faire évoluer l’opinion. Il n’y a d’ailleurs pratiquement pas eu de campagne.

Reste l’électeur stratège qui, dans l’isoloir, modifie ses choix du fait de sondages anxiogènes ou reflétant une dynamique particulière. Macron vise l’électeur stratège de droite quand il dramatise la situation d’une Chambre sans majorité forte. Mais l’électeur stratège NUPES, lui, peut être tenté de jouer le « tout sauf Macron », dans le but, précisément, d’obtenir une chambre ingouvernable. Quitte à voter RN ou LR, si le candidat NUPES a été éliminé.

Ce second tour peut donc réserver des surprises, avec des résultats déjouant les présupposés de la mathématique électorale. •

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