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Coup de théâtre : l’incroyable percée du RN aux législatives

Dimanche après-midi, la rumeur commençait à filtrer : un sondage de « sortie des urnes » annonçait la majorité en difficulté, des ministres en perdition, le Rassemblement national en très forte progression. Echaudés par le second tour de la présidentielle et aussi un peu par le premier tour des législatives, nous n’osions pour notre part y croire. Mais, à 20 heures, le tremblement de terre était bien là !

A partir de 18 heures ont commencé à nous remonter de province les excellents scores du RN un peu partout, au vu des premières centaines de bulletins de vote dépouillés. Ainsi, depuis Béthune, Caroline Parmentier, tout en nous poussant à la prudence, annonçait qu’elle arrivait pour l’heure en tête, dans chaque bureau de vote, distançant son adversaire macroniste, la calamiteuse députée sortante Deprez-Audebert qu’elle avait écrasée lors d’un débat télévisé quelques jours auparavant. Mêmes échos favorables, voire inespérés, venus du Lot-et-Garonne où, dans deux circonscriptions, les candidates RN semblaient en mesure de l’emporter. Depuis la Somme, des scrutateurs proches du RN nous téléphonaient pour nous annoncer aussi la probabilité de victoires du RN. Un abonné enthousiaste nous envoyait de Béziers un message prédisant 70 % des voix pour Emmanuelle Ménard.

Reprenant les articles de Présent sur les « candidatures tests » et les résultats du premier tour, et les comparant aux informations qui nous provenaient de toute la France, nous avions fini par en arriver à l’idée que ce second tour pouvait nous réserver une bonne surprise.

A partir de 19 heures, sur les chaînes de télévision, par diverses allusions, et à la mine des premiers invités politiques arrivés sur les plateaux, il devenait évident que quelque chose était en train de se produire, quelque chose d’inattendu, pas forcément souhaité par certains des invités.

A 20 heures pile, l’annonce d’un nombre d’élus RN compris entre 75 et 95             a constitué, avec l’effondrement presque symétrique de la coalition macroniste réunie sous le nom Ensemble, la principale information de la soirée.

Rappelons que début mai le RN s’était fixé pour objectif de constituer un groupe parlementaire, ce qui signifiait l’espoir de doubler sa représentation parlementaire, pour atteindre le chiffre de 15 députés, nécessaire pour la constitution d’un tel groupe. L’ambition était bien modeste pour un parti qui, quelques jours auparavant, était arrivé en seconde position à la présidentielle. Mais, seul contre tous, dans un système sans aucune dose de proportionnelle, ce chiffre de 15 élus relevait déjà de la performance, Au fil des semaines, toutefois, l’objectif avait été relevé, et les instituts de sondages avaient évoqué une fourchette de 20 à 30 députés puis de 30 à 40. C’est seulement la semaine dernière, pendant la très courte campagne d’entre-deux-tours, que le RN s’est risqué à évoquer un objectif de 60 députés. Ce chiffre de 60 est le seuil permettant de saisir le Conseil constitutionnel sur la conformité d’une loi, comme l’a rappelé Jordan Bardella : il faut en effet 60 députés pour pouvoir tenter de censurer un projet de loi.

Une dynamique pour le RN ces derniers jours

Un tel seuil paraissait pour le coup une douce utopie, inatteignable, alors que l’on assistait à la reconstitution du fameux « front républicain », incluant, comme par le passé, la droite dite « républicaine » et tout ce qui se situait à sa gauche. Néanmoins, une dynamique semblait se confirmer, ces derniers jours, au profit du RN, dynamique purement électorale, certes, mais venue à la fois des électeurs de Zemmour ayant désormais fait leur deuil d’une alternative que prévoyait de symboliser Reconquête, et des électeurs LR, privés de candidats, au second tour, dans la majorité des circonscriptions, et désireux de voter à droite nonobstant les oukases de Jacob et des autres dirigeants LR.

La dérive de Sarkozy, son appel à soutenir les candidats macronistes contre son propre camp, a sans doute été la goutte qui a fait déborder le vase, le révélateur du double langage pratiqué par les dirigeants de ce parti.

Alors que Mélenchon et ses bruyants partisans, les Bompard, les Aubry, les Ruffin, les Rousseau, multipliaient les diatribes robespierristes, la quasi-totalité des électeurs de LR ont marqué leur antigauchisme en votant pour les candidats leur paraissant les mieux à même de les protéger des nouveaux septembriseurs. Désormais, même si LR compte environ 70 députés dans la nouvelle Chambre, ce parti a virtuellement cessé d’exister, démonstration ayant été faite de la déconnection radicale entre ses notables et ses électeurs.

Le fait que le groupe RN comptera environ 90 députés, soit 20 de plus que LR, sonne la mort de la fausse droite. Sur ce plan aussi, le résultat de dimanche est historique.

Marine Le Pen a revendiqué pour le RN l’atteinte des trois objectifs qu’elle avait fixés à son parti : « faire d’Emmanuel Macron un président minoritaire », « poursuivre la recomposition politique indispensable », « constituer un groupe d’opposition déterminant ». La NUPES peut certes revendiquer d’avoir contribué à mettre Macron en minorité. Quant à l’efficacité du groupe d’opposition que formeront les nouveaux députés RN, nous la jugerons sur pièces, et au fil du temps.

Mais il est certain que la recomposition politique est spectaculaire : le RN a littéralement remplacé toute la droite, tandis que les survivants de LR semblent désormais n’avoir d’autre avenir – et d’autre désir – que de fusionner avec Ensemble.

« Lutter contre la montée des extrêmes » (J.-F. Copé)

Déjà des voix s’expriment dans ce sens. Ainsi l’ancien ministre chiraquien Jean-François Copé a-t-il appelé à un « pacte de gouvernement […] afin de lutter contre la montée des extrêmes. L’extrême gauche comme l’extrême droite sont des dangers absolus pour la France ». Avec ce type de discours, LR n’est pas près de renaître de ses cendres ! •

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