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C’est la vie !

Décision historique aux États-Unis : l’avortement n’est plus un droit

49 ans après l’arrêt Roe v. Wade, la Cour suprême américaine confie à chacun des États le soin de statuer sur le « droit » à l’IVG. Une victoire de la vie et un frein au génocide… qui a immédiatement déclenché, en France, de virulentes réactions du camp de la culture de mort.

De notre correspondant permanent aux Etats-Unis. – Il a fallu attendre près d’un demi-siècle, le sacrifice de 63 millions d’enfants à naître et le courage de cinq juges à la Cour suprême des Etats-Unis pour que cesse, sur le plan national, ce que le docteur Xavier Dor appelait « le crime contre Dieu ». Depuis vendredi dernier est aboli l’odieux privilège des femmes de faire cesser subitement leur grossesse. L’avortement est sorti de la Constitution ; il n’est plus un droit souverain parmi d’autres « libertés » ; il est devenu hors la loi. Dans le cénacle qui dit le dernier mot de l’édifice judiciaire, une majorité conservatrice a eu raison des trois représentants de la minorité gaucho-libérale. Après exactement 49 ans (sept fois sept, chiffre biblique) de marches pour la vie, de centaines de millions de prières, d’une lutte acharnée, de milliers d’obstacles surmontés, on assiste à l’apothéose d’un vaste mouvement qui s’était donné pour but d’abattre l’intolérable. Saluons au passage Maurras et ses mots écrits dans du marbre : « Le désespoir en politique est une sottise absolue. »

Car, même si le combat pour défendre la vie humaine créée à l’image de Dieu est éminemment spirituel, il est aussi politique. Le 22 janvier 1973, lorsque le juge Harry Blackmun prend la tête de six de ses collègues à la Cour suprême dans l’affaire Roe versus Wade pour permettre aux femmes de faire tuer leur enfant, il est l’initiateur de la triple victoire d’une révolution subversive. Victoire stratégique dans un domaine psycho-social ultra-sensible ; victoire d’un centralisme autoritaire contre l’esprit même du fédéralisme ; victoire d’un pouvoir judiciaire usurpateur de prérogatives législatives. Le 22 janvier 1973 eut lieu aux Etats-Unis un véritable coup d’Etat. Mais il fut tellement feutré qu’une poignée seulement de juristes et de politiciens s’en aperçurent. Dans aucun paragraphe de la Constitution, à aucun moment de l’histoire du pays, au fil d’aucun discours ni programme partisan, on ne trouve l’affirmation que l’avortement est un droit. Blackmun et ses six collègues se sont comportés en dictateurs. Ils ont ficelé une imposture ; ils ont commis une indignité ; ils ont imposé à leur institution, durant près d’un demi-siècle, la marque de l’infamie.

Samuel Alito, porte-parole des cinq juges courageux – tous ont reçu des menaces de mort –, a construit son argumentation autour de deux points qui reflètent bien cet ancien et persistant malaise. D’abord, le droit à l’avortement est un mythe ; le 24 juin 2022 est exactement l’opposé du 22 janvier 1973 : la Cour suprême reconnaît officiellement son erreur. Ensuite, ce qu’elle aurait dû décider jadis constitue le verdict actuel ; l’avortement est un débat qui relève directement et uniquement de la responsabilité de chacun des 50 Etats de la fédération ; c’est à eux et à eux seuls – plus précisément à leur appareil législatif – qu’incombe désormais la mission d’établir la légalité ou l’illégalité de l’exécution d’un tout-petit ; Washington est hors jeu. Devant ce juste retour des choses, la minorité vaincue s’époumone à clamer que « la droite manipule les textes et les faits », Joe Biden se dresse contre « le coup bas d’un extrémisme idéologique » et Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, s’indigne du « complot républicain contre une décision qui n’appartient qu’aux femmes ».

Deux personnages émergent de l’événement : Alito, bien sûr, qui en fut le « mécanicien », et surtout l’ancien président Donald Trump, qui en fut le planificateur. C’est lui qui l’a rendu possible en installant à la Cour suprême Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett, tous pro-vie. Avec Clarence Thomas et Samuel Alito, déjà en place, la majorité contre l’avortement était assurée. Elle n’attendait qu’une occasion. Elle surgit du Mississippi mais passa presque inaperçue : une simple étincelle. La poudre était bien sous le brûlot Roe versus Wade. A peine explosée, les Etats réagirent. Le Texas et la Floride traînent dans leur sillage treize autres Etats qui vont encore durcir l’accès à l’avortement. De leur côté, la Californie et New York annoncent une démarche inverse, à laquelle pourraient se joindre une dizaine d’autres Etats. En gros, fiefs républicains contre fiefs démocrates. L’Amérique, déjà coupée en deux par de multiples batailles, verra ses lézardes s’agrandir avec ce verdict réparateur. L’avortement, thème éminemment porteur, prendra une place déterminante dans le programme des candidats aux élections législatives de novembre prochain. Déjà, il a électrisé la droite et crispé la gauche. D’ordinaire, la dynamique du succès va au camp qui vient de marquer un point. •

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