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Le monstrueux arbitraire des « aides à la presse »

En 2019, sous le prétexte ô combien fallacieux que son prix au numéro (1,80 €) était trop bas, l’État avait mis Présent en péril en lui supprimant brutalement la subvention, de 140 000 euros dans son cas, réservée aux quotidiens ne bénéficiant pas, ou que très peu, de ressources. Et ce n’est qu’à la suite de multiples et coûteuses démarches, que cette subvention fut rétablie en 2021, mais diminuée de moitié.

De manière tout aussi arbitraire, la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) excluait en mai dernier de ses registres l’hebdomadaire Rivarol, avec pour effets une multiplication par dix du taux de TVA sur chaque exemplaire vendu et un quadruplement des tarifs postaux pour les abonnés (le référé- suspension déposé contre cette décision inique a été rejeté le 5 juillet).

En revanche, l’Observatoire du journalisme (OJIM) nous apprend l’obtention par le magazine féminin et surtout ultra-féministe Elle du très envié statut d’IPG, Presse d’information politique et générale, permettant d’avoir accès aux aides du Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP). « Un véritable scandale pour un journal qui est essentiellement composé de publicités directes et encore plus de publicités indirectes sous forme de reportages inspirés ou de mentions rémunérées de produits », s’indigne à juste titre l’OJIM qui précise que la demande du magazine, aujourd’hui propriété du milliardaire tchèque Daniel Křetínský, « a été acceptée avec l’appui actif (source Lettre A) des représentants du ministère de la Culture, qui composent la moitié de la Commission paritaire ». Cette libéralité réussira-t-elle à sauver Elle en butte à la concurrence des innombrables « influenceuses » sévissant sur Internet ?

Si Křetínský rit, Denis Olivennes, directeur général de Libération, pleure quant à lui misère car ce quotidien pourtant choyé par les banques a encore et urgemment « besoin de 15 millions d’euros pour couvrir ses pertes sur les trois prochaines années ». L’affliction de M. Olivennes devrait être de courte durée : nul doute que, malgré la dégringolade continue des ventes, le Pouvoir et ses amis nababs mettront — une fois de plus — la main à la poche.

« Pluralisme » : 3,5 millions pour L’Huma, une misérable obole pour Présent

Dans son édition du 12 juillet, La Lettre A nous apprend d’ailleurs que s’il est dépensier, le journal naguère parrainé par Jean-Paul Sartre reste bien protégé. Sur les 117 millions d’euros budgétés en 2021 par l’Etat via le ministère de la Culture et de la Communication, où Roselyne Bachelot vient de céder la place à la Franco-Libanaise Rima Abdul-Malak, pour assurer « le pluralisme, la diffusion et la modernisation de la presse », seuls 97 millions ont été effectivement distribués, l’aide au susdit pluralisme étant la moins bien servie avec 19% des crédits seulement. Conclusion de La Lettre A : « Cette sous-consommation a fait les affaires de La Croix, Libération et l’Humanité » car, dans l’aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires, « la rue de Valois continue à calibrer pour [ces] trois titres », qui se sont donc partagé 9,2 millions d’euros.

Pactole dont le vingtième aurait été suffisant pour sauver Présent …Alors que L’Humanité perçoit une moyenne de 3,5M€ millions d’euros par an et que l’État, bon prince, avait déjà annulé en 2017 sa créance de 4 millions d’euros (dette vis-à-vis de l’Urssaf et autres organismes sociaux) sur le quotidien communiste.

Les lecteurs, les salariés et les bénévoles de Présent étant aussi des contribuables, dont les impôts financent donc les largesses réservées aux happy few de la presse écrite comment ne seraient-ils pas révoltés par le monstrueux arbitraire qui, censé régir les aides à la presse et le pluralisme de celle-ci, a condamné à mort le seul quotidien vraiment national ?

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