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6 mois de prison seulement pour un incendiaire récidiviste !

Le 31 juillet, le Système européen d’information sur les feux de forêt annonçait que, depuis le 1er janvier, près de 48 000 hectares étaient partis en fumée en France, un record absolu, et l’on apprenait le 5 août la mort en service commandé du chef de centre de sapeurs-pompiers de Saint-Lyphard lors d’une intervention dans la Loire-Atlantique. Depuis 2004, les auteurs d’incendies volontaires encourent quinze ans de prison — voire la perpétuité en cas de décès dans le brasier — et 150 à 200.000 euros d’amende. Hélas ! Ces peines ne sont jamais appliquées, comme en a témoigné le jugement rendu la semaine dernière par le tribunal de Valence où comparaissait un garçon de 18 ans qui avait déclenché trois départs de feux en quinze jours : le pyromane s’est est tiré avec deux ans de prison, dont 18 mois avec sursis. Un encouragement tacite à recommencer.

670 000 pyromanes potentiels mais 30 000 pompiers en moins

Or, selon l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, 10% des 300.000 incendies qui surviennent chaque année en France résultent d’un acte volontaire. Celui-ci pouvant être le fait d’un incendiaire agissant « par vandalisme, par intimidation, par vengeance, par terrorisme, pour détruire des preuves ou encore pour des fraudes à l’assurance », ou d’un pyromane qui, détraqué mentalement et souvent atteint de troubles de la sexualité, recherche avant tout la « jouissance de la dévastation ». « Néanmoins, la pyromanie reste une pathologie très rare, affirme le chercheur Mickaël Morlet-Rivelli, puisqu’on « estime à 1% la prévalence de pyromanes dans la population générale ». 1%, ce n’est rien en apparence mais, dans un pays comme le nôtre qui compte officiellement 67 millions d’âmes, sans compter les clandestins parmi lesquels nombreux sont les « déséquilibrés », cela fait un minimum de 670 000 pyromanes en puissance.

Chiffre affolant si l’on pense qu’« en trente ans, nous avons perdu plus de 30 000 pompiers volontaires alors que les étés brûlants imposeraient d’augmenter les effectifs », déplore le colonel Éric Florès, vice-président des pompiers de France, qui regrette également qu’en zone rurale, près d’un tiers des centres de secours ait été supprimé : « On en comptait 9 100 en 1990, il n’y en a plus que 6 000. Ces décisions de suppression, prises sous la double tutelle du département et du préfet, ont visé des centres dont on a estimé, par leur volume d’interventions, qu’ils ne se justifiaient plus. Mais cette “rationalisation” a automatiquement asséché le flux de volontaires. Si vous fermez ici ou là les centres dans les zones rurales, mécaniquement, on ne s’engage plus. On a donc perdu une partie du maillage territorial qui faisait notre force. Or, ce sont les zones rurales qui sont le plus touchées évidemment par les dérèglements climatiques, feux ou inondations. Si je prends l’Hérault – 3 500 volontaires, 900 professionnels – où je dirige les sapeurs-pompiers, nous avons débuté la saison des feux de forêt avec un mois et demi d’avance : normalement, cela commence vraiment au 14 juillet, là, on est sur le front depuis début juin, les gars sont exténués, il faut faire tourner les effectifs, mais pour cela, il faudrait pouvoir les augmenter. »

Pour tenter d’éviter les inéluctables catastrophes, le ministre de l’Intérieur sait ce qu’il lui reste à faire, « quoi qu’il en coûte ». Mais les mesures les plus onéreuses ne serviront de rien si le garde des Sceaux n’exige pas des magistrats qu’ils jugent avec toute la rigueur de la loi les criminels qui jouent avec le feu. Par inconscience, par intérêt ou par perversité.

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