J’ai rencontré Bertrand de La Chesnais par une fraîche matinée d’automne dans ce Vaucluse où les contrastes s’affirment entre la beauté du patrimoine et les défis contemporains. L’ancien directeur général du salon de l’agriculture et candidat RN aux municipales de Carpentras m’a reçu pour un entretien sans concession sur sa vision pour cette ville qu’il qualifie de « belle endormie ». Un échange qui révèle autant sur l’homme que sur les enjeux de gouvernance locale qui traversent notre pays.
Un diagnostic sans concession pour Carpentras
Dans le bureau où nous nous installons, les dossiers témoignent d’une préparation minutieuse. Bertrand de La Chesnais n’est pas venu les mains vides dans cette campagne municipale. « Carpentras souffre d’un abandon progressif qui n’a que trop duré« , me confie-t-il d’emblée. Les chiffres qu’il aligne sont implacables : taux de chômage supérieur à la moyenne nationale, commerces fermés en centre-ville, sentiment d’insécurité croissant.
Je l’interroge sur ce qui l’a poussé à s’engager dans cette aventure politique locale, lui qui a dirigé le prestigieux salon de l’agriculture. « La situation de Carpentras représente malheureusement ce qui se passe dans beaucoup de villes moyennes françaises« , explique-t-il. « Nous assistons à une forme de déclassement que les élus en place semblent incapables d’enrayer. J’ai décidé de m’engager car je crois profondément au potentiel de ce territoire. »
Ce qui frappe dans son analyse, c’est cette capacité à articuler les enjeux locaux avec une lecture plus globale des dynamiques territoriales. La problématique du centre-ville déserté n’est pas qu’une question d’urbanisme, mais révèle selon lui une fracture plus profonde dans le modèle de développement économique local. « Une ville qui perd ses commerces perd son âme, mais aussi sa capacité à créer du lien social », poursuit-il.
Le candidat évoque également la question sécuritaire, sujet sensible dans une ville où l’image médiatique a parfois été écornée. Contrairement aux idées reçues, il ne verse pas dans un discours alarmiste, mais propose une approche pragmatique: renforcement de la police municipale, vidéoprotection ciblée, médiation de proximité. Des mesures qui s’inscrivent dans une vision plus large de reconquête de l’espace public.
Un projet de revitalisation ancré dans le réel
Au-delà du diagnostic, c’est bien le projet que porte Bertrand de La Chesnais qui m’intéresse. « Réveiller la belle endormie n’est pas qu’un slogan de campagne », affirme-t-il. « C’est un programme complet qui s’articule autour de la revitalisation économique, du patrimoine et de la qualité de vie. » Le candidat déroule alors sa feuille de route avec une précision qui tranche avec le flou artistique habituel des campagnes électorales.
Premier axe: la redynamisation du centre-ville. Loin des solutions miracles, il propose un ensemble de mesures complémentaires: incitations fiscales pour l’installation de nouveaux commerces, programme de rénovation des façades, politique culturelle offensive pour attirer les visiteurs. « Une ville ne se relève pas par un seul levier, mais par une action coordonnée sur tous les fronts », explique-t-il.
Je note que son approche économique s’enracine dans son expérience professionnelle antérieure. L’ancien directeur du salon de l’agriculture garde cette vision pragmatique qui caractérise les gestionnaires habitués aux réalités du terrain. « Notre territoire a des atouts considérables : un patrimoine exceptionnel, un terroir reconnu, une situation géographique enviable. Le problème n’est pas le potentiel, mais la capacité à le valoriser. »
Bertrand de La Chesnais insiste également sur l’importance d’une gouvernance renouvelée. « La transparence dans la gestion municipale n’est pas négociable », martèle-t-il. « Les Carpentrassiens doivent savoir comment sont utilisés leurs impôts. » Une position qui fait écho aux aspirations grandissantes de transparence démocratique que l’on observe partout en France.
Sur la question sensible de l’identité locale, le candidat tient un discours équilibré: « Carpentras doit renouer avec son histoire tout en s’ouvrant sur l’avenir. Notre patrimoine architectural, culturel et gastronomique constitue un socle sur lequel construire le renouveau. » J’y vois une volonté de réconcilier les différentes facettes d’une ville marquée par des tensions identitaires.
Les enjeux d’une candidature qui bouscule l’échiquier local
Au-delà du projet pour Carpentras, cet entretien met en lumière les recompositions politiques à l’œuvre dans notre pays. Issu de la société civile mais investi par le Rassemblement National, Bertrand de La Chesnais incarne cette nouvelle génération de candidats qui brouillent les frontières traditionnelles.
« Je ne suis pas un apparatchik« , affirme-t-il sans détour. « Mon engagement n’est pas idéologique mais pragmatique. Je veux simplement mettre mes compétences au service d’un territoire qui en a besoin. » Cette position illustre la tendance croissante à la dépolitisation apparente du débat local, même si les clivages fondamentaux demeurent.
L’homme se montre particulièrement à l’aise sur les questions de gouvernance territoriale et d’aménagement, domaines où son expertise professionnelle transparaît. En revanche, les sujets plus régaliens comme la sécurité ou l’immigration sont abordés avec davantage de prudence, signe d’une volonté de ne pas réduire sa candidature à ces seules dimensions.
Ce positionnement révèle une stratégie électorale fine, qui vise à rassembler au-delà des clivages traditionnels. Dans une ville comme Carpentras, marquée par une diversité sociale et culturelle importante, cette approche pourrait séduire un électorat en quête d’alternatives crédibles.
L’entretien touche à sa fin. Bertrand de La Chesnais conclut par une formule qui résume sa démarche: « Une ville ne se transforme pas par des promesses mais par des actes concrets et une vision claire. » Une philosophie politique qui, au-delà des étiquettes partisanes, pourrait trouver un écho favorable auprès des électeurs désabusés par des décennies de promesses non tenues.

Analyste politique rigoureux, Thomas décrypte les mécanismes du pouvoir et les décisions publiques avec clarté et esprit critique. Son credo : rendre lisible ce qui est volontairement complexe. Amateur de romans noirs et de débats de fond.
