Coronavirus au Québec : boutiques de marijuana ouvertes et églises fermées

Depuis quelques jours, j’observe au Québec une situation qui mérite une analyse approfondie et factuelle. Dans cette province canadienne, toutes les mesures ne sont pas logées à la même enseigne face à la pandémie de coronavirus. Alors que les églises et lieux de culte ont été contraints de fermer leurs portes, les autorités québécoises ont décidé de maintenir ouvertes les boutiques de cannabis, considérées comme des services essentiels. Cette différence de traitement soulève des questions légitimes sur la hiérarchisation des priorités et les critères qui président aux décisions administratives en temps de crise.

La gestion différenciée des établissements durant la crise sanitaire

Le gouvernement québécois, dirigé par François Legault, a pris des mesures drastiques pour limiter la propagation du virus COVID-19. J’ai constaté que le Premier ministre a ordonné la fermeture de tous les commerces non essentiels dès le 23 mars 2020. Cette décision, bien que nécessaire d’un point de vue sanitaire, n’a pas été appliquée de manière uniforme à tous les secteurs d’activité.

De manière similaire, les boutiques de la Société québécoise du cannabis (SQDC) ont été classées dans la catégorie des services essentiels, au même titre que les pharmacies et les épiceries. Cette décision s’appuie sur l’argument que ces magasins constituent le seul moyen légal pour les consommateurs de se procurer du cannabis, une substance dont certains usagers peuvent avoir besoin pour des raisons médicales ou pour gérer leur anxiété en cette période difficile.

Les points de vente d’alcool ont également été maintenus ouverts, la Société des alcools du Québec (SAQ) ayant elle aussi été jugée essentielle. Les autorités ont notamment évoqué le risque de syndrome de sevrage pour justifier cette décision, bien que cet argument puisse sembler contradictoire avec d’autres mesures prises.

Parallèlement, les lieux de culte ont été systématiquement fermés, ne bénéficiant d’aucune dérogation, même dans des conditions strictes qui auraient pu permettre le respect des mesures barrières. Ces établissements, qui jouent pourtant un rôle de soutien psychologique et spirituel important en temps de crise, n’ont pas été jugés assez « essentiels » pour échapper aux mesures de confinement, contrairement aux débits d’alcool et de cannabis.

Les implications sociales et légales de ces choix administratifs

Pour comprendre les enjeux de ces décisions, il faut replacer ces mesures dans leur contexte juridique et social. Au Québec, comme dans le reste du Canada, le recueil des actes administratifs spécial permet d’examiner la légalité de telles décisions. Ces documents officiels montrent que les autorités disposent d’un pouvoir discrétionnaire important en situation d’urgence sanitaire.

Il est intéressant de constater que la classification des services essentiels reflète souvent les priorités d’une société. Dans le cas présent, j’observe que le bien-être matériel et les besoins de consommation semblent prévaloir sur les besoins spirituels. Cette hiérarchisation n’est pas neutre et mérite d’être questionnée, car elle traduirait une certaine vision de ce qui constitue une nécessité dans notre société contemporaine.

Les réactions à ces mesures ont été diverses. Si certains groupes religieux ont exprimé leur incompréhension face à ce qu’ils considèrent comme une forme de discrimination, d’autres citoyens ont défendu la nécessité de maintenir l’accès au cannabis pour des raisons thérapeutiques ou de santé mentale. Les autorités sanitaires, quant à elles, ont justifié ces décisions par la volonté d’éviter les rassemblements propices à la propagation du virus.

J’ai pu noter que cette situation n’est pas propre au Québec. D’autres juridictions ont fait des choix similaires, ce qui témoigne d’une tendance plus large dans la gestion de cette crise sanitaire. Néanmoins, certains états américains ont trouvé des compromis permettant aux églises de rester ouvertes sous certaines conditions strictes, démontrant qu’il existe des alternatives à la fermeture pure et simple.

Le reflet d’une évolution des valeurs dans la société québécoise

Cette situation révèle, à mon sens, une évolution profonde des valeurs dans la société québécoise. Historiquement marquée par l’influence de l’Église catholique, la province a connu une sécularisation rapide depuis la Révolution tranquille des années 1960. Les décisions prises durant cette crise sanitaire semblent confirmer cette désacralisation de la religion au profit d’autres priorités sociétales.

Je constate que le cannabis, légalisé au Canada en octobre 2018, s’est rapidement imposé comme un produit dont l’accès est jugé nécessaire pour une partie de la population. Cette évolution est d’autant plus frappante que la marijuana était considérée comme une substance illicite il y a encore quelques années. Son statut actuel de « service essentiel » témoigne d’un changement radical dans la perception collective.

Le débat qui entoure ces décisions administratives s’inscrit dans une réflexion plus large sur ce qui constitue l’essentiel et le superflu en temps de crise. La pandémie de COVID-19 agit comme un révélateur des valeurs dominantes et des priorités de notre époque. Elle met en lumière les tensions qui peuvent exister entre différentes conceptions du bien commun et des libertés individuelles.

Dans mon travail de journaliste politique, je m’efforce toujours d’analyser ces phénomènes avec recul et objectivité. Cette crise nous invite à interroger nos présupposés et à examiner attentivement les critères qui guident les décisions publiques dans des circonstances exceptionnelles.

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