L’histoire de la famille Gruss débute dans l’Alsace du XIXe siècle, plus précisément à Sainte-Marie-aux-Mines, où un jeune tailleur de pierre nommé Charles Gruss rencontre son destin. En 1868, alors que les cirques itinérants trouvent refuge dans les granges durant l’hiver, Charles héberge le cirque Marinetti et tombe sous le charme de Maria Martinetti, fille d’un écuyer italien. Cet amour bouleverse sa vie : il abandonne son métier et sa maison pour suivre la troupe sur les routes. D’une force impressionnante, Charles se produit devant le public en arrachant les chaînes cadenassées autour de son cou, devenant ainsi le premier Gruss à fouler une piste de cirque. Cette union entre Charles et Maria marque la naissance d’une lignée qui va transformer l’art équestre circassien en France.
La transmission d’un savoir-faire équestre unique
Au fil des générations, la spécificité équestre devient l’ADN de cette dynastie. Le geste se transmet de père en fils, d’oncle à neveu, dans une tradition rigoureuse qui façonne l’identité familiale. Alexis Gruss Senior (1909-1985) et son épouse Lucienne Beautour ont neuf enfants, parmi lesquels Arlette, future fondatrice du Cirque Arlette Gruss, et Lucien. Son frère André, surnommé l’auguste Dédé, donne naissance à Alexis Gruss Junior en 1944 à Bart, dans le Doubs. Ce dernier reçoit les bases du métier de son père : art équestre, musique, et cette philosophie familiale basée sur le respect des aînés et une certaine hiérarchie.
La complexité généalogique de cette famille illustre une tradition circassienne bien ancrée. À chaque génération, le prénom Alexis réapparaît, rendant parfois difficile l’identification des différents membres. Cette pratique témoigne de l’importance accordée aux ancêtres célèbres et à la perpétuation du nom. Aujourd’hui, plusieurs Alexis Gruss coexistent, incarnant chacun une facette de cet héritage.
| Génération | Membre clé | Contribution majeure |
|---|---|---|
| 1ère | Charles Gruss | Fondation de la dynastie (1868) |
| 3ème | Alexis Gruss Senior | Développement équestre, Clown d’or (1975) |
| 4ème | Alexis Gruss Junior | Cirque à l’Ancienne (1974), Clown d’or (2001) |
| 6ème | Charles (petit-fils) | Jongleur et jockey contemporain |
Le renouveau du cirque traditionnel
En 1970, Alexis Gruss Junior épouse Gipsy Bouglione, unissant deux familles emblématiques du cirque français. Quatre ans plus tard, à seulement 27 ans, il fonde le Cirque à l’Ancienne avec son épouse et Silvia Monfort. Installé dans le Marais parisien au Carré-Thorigny, cet établissement, aujourd’hui connu sous le nom des Folies Gruss, délaisse le dressage de fauves pour revenir à l’acrobatie et l’art équestre pur. Cette initiative sauve le cirque traditionnel d’une quasi-disparition dans les années 1960, époque où cinéma et télévision le concurrencent durement.
Les valeurs défendues par cette famille façonnent leur approche artistique. Leur philosophie repose sur trois piliers essentiels :
- La famille, socle indispensable du spectacle
- Les chevaux, partenaires privilégiés des numéros
- La piste de 13 mètres de diamètre, proportionnelle aux 13 000 kilomètres de notre planète
Figure internationale, maître écuyer reconnu, saxophoniste et trapéziste, Alexis Gruss Junior reçoit le Clown d’or à Monte-Carlo en 2001. Sa 44e création équestre, « Origines », mise en scène par son fils Stephan, célèbre en 2018 les racines du cirque à travers cinq actes réunissant 15 artistes et 40 chevaux. Parfois, après une représentation, on imagine une taverne conviviale où artistes et spectateurs prolongeraient ces moments de partage. Aujourd’hui, une vingtaine de membres participent à la compagnie sur quatre générations, perpétuant cet héritage exceptionnel qui continue d’éblouir le public français et international.

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