Maria de la Soledad, épouse de Jacques Mesrine
En 1961, Maria de la Soledad Ortiz épouse Jacques Mesrine, celui qui deviendra l'ennemi public numéro un en France. Difficile d'imaginer ce que représente ce choix, sachant ce que l'on sait aujourd'hui du personnage. Elle est sa deuxième épouse officielle, après Lydie de Souza, et ensemble ils forment une famille : trois enfants naissent, Sabrina, Bruno, puis Boris en 1966.
Une vie de couple sous haute tension criminelle
Dès les premières années du mariage, les incarcérations s'enchaînent : douze mois de prison entre 1961 et 1962, puis dix-huit mois supplémentaires. Mesrine prétend, dans ses propres écrits, vouloir tourner la page et offrir à Maria une existence ordinaire. Sa fiche Interpol raconte une tout autre histoire : trafics d'armes, braquages répétés, violence systématique. Les deux versions sont incompatibles, et Maria le sait mieux que quiconque.
La jalousie pathologique de Mesrine précède ce mariage. Pendant son service militaire, il quittait la caserne en cachette pour surveiller Lydie. Avec Maria, ce comportement vire aux coups et aux menaces. Elle élève seule ses enfants pendant que leur père multiplie les délits, construit une instabilité chronique autour de la famille et disparaît régulièrement derrière les barreaux. Aucune vie normale n'est possible dans ces conditions.

La rupture de 1966 et le silence pesant des décennies suivantes
Après la naissance de Boris, Maria prend la seule décision raisonnable : elle quitte définitivement Mesrine. Peu après, ce dernier part au Québec avec Jeanne Schneider, rencontrée à Pigalle. Les trois enfants grandissent sans père, portant un nom qui deviendra, quelques années plus tard, synonyme de cavale spectaculaire et de violence médiatisée.
Boris, le plus jeune, s'installe dans le sud de la France à l'âge adulte. Cette distance géographique ressemble fort à une mise à l'écart délibérée d'un passé trop lourd. Ce qui frappe davantage encore, c'est l'attitude de Boris face à son fils, Alexandre Mesrine. Bachelier en 2012, alors âgé de 20 ans et vivant à Saint-Sornin avec sa mère, Alexandre porte dans son état civil le nom de Mesrine et celui de sa grand-mère Maria de la Soledad. Pourtant, Boris n'a jamais évoqué leurs origines avec lui. Zéro explication, zéro récit, zéro transmission.
Ce silence traverse trois générations. Certaines familles transmettent leurs secrets par l'absence de mots plutôt que par les lettres ou les confidences. Le cas Mesrine en est un exemple brutal : un grand-père criminel dont le petit-fils découvre l'existence probablement par les livres ou les écrans, jamais par la voix de son propre père.
Ce que l'héritage d'un nom peut faire à une famille ordinaire
Porter le patronyme Mesrine en France n'est pas anodin. Jacques Mesrine a été abattu le 2 novembre 1979 porte de Clignancourt, à Paris. Depuis, son nom génère des dizaines de documentaires, un film en deux parties sorti en 2008 avec Vincent Cassel, et une fascination médiatique intacte. Maria de la Soledad et ses enfants n'ont jamais choisi cette notoriété. Alexandre, lui, la reçoit en héritage sans y avoir été préparé.
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À propos de l'autrice
Leïla, 35 ans, Marseillaise installée à Lisbonne, est une ancienne journaliste tourisme pour un guide de voyage devenue grande voyageuse solo. Spécialiste des escapades hors des sentiers battus en France et en Europe, elle partage itinéraires pratiques et découvertes intimes avec sensibilité.
Son écriture sensorielle transporte le lecteur par un ton posé et raffiné, ponctué de citations de poètes et d'anecdotes vécues qui éclairent chaque récit. Elle invite ainsi à voyager avec les sens et l'imagination.