Sara Forestier : son retour au cinéma après trois ans d'absence
Sara Forestier compte parmi les actrices les plus singulières de sa génération. Césarisée en 2011 pour Le Nom des gens, elle a pourtant disparu des plateaux pendant trois ans. Pas par choix, mais à cause d'une violence subie que le milieu du cinéma a longtemps préféré ignorer.
Ce qui a brutalement éloigné Sara Forestier des plateaux
Avril 2017. Le tournage du film Bonhomme de Marion Vernoux tourne au cauchemar. Sara Forestier reçoit une gifle de la part de Nicolas Duvauchelle et quitte immédiatement le plateau pour se rendre au commissariat et déposer plainte. Les rumeurs inverseront les rôles, mais l'actrice rétablira les faits dans Paris Match avec une clarté désarmante : « En réalité, c'est moi qui me suis pris la baffe ».
Ce qui frappe dans cette histoire, c'est moins l'incident lui-même que la réponse de l'industrie. Le traumatisme psychologique n'a pas été pris en compte. Sara Forestier le dira publiquement, sur plusieurs plateaux télévisés : « Le trauma n'est pas pris en compte dans le cinéma... les femmes abîmées, on s'amuse à dire qu'elles sont folles. » Des mots qui résonnent fort, et qui méritent qu'on s'y arrête.
Les conséquences sur sa santé ont été sévères. Insomnies chroniques, pensées suicidaires, fluctuations de poids importantes : Sara Forestier a vécu trois ans de reconstruction difficile, loin des caméras. Elle évoquera également des violences conjugales subies dans sa vie privée, ajoutant une couche supplémentaire à une période déjà éprouvante.

Trois films, une renaissance : Sara Forestier reprend sa place
Le retour ne s'est pas fait par hasard. Sara Forestier a choisi ses projets avec une précision chirurgicale. Premier signal fort : Trois Amies d'Emmanuel Mouret, aux côtés de Camille Cottin et India Hair. Un film porté par une écriture subtile, qui lui a permis de retrouver un plateau sans se confronter à des rôles trop exposés émotionnellement.
Puis est venu Filles de joie, un projet dans lequel elle s'est profondément reconnue. Le personnage traversait des épreuves similaires aux siennes, ce qui lui a permis de mettre son vécu au service de la fiction plutôt que de le subir. « Ce rôle résonnait avec mon vécu personnel », a-t-elle confié, expliquant ce choix avec une franchise qui tranche avec les habituelles communications lisses du milieu.
Sur les plateaux de Quotidien et C à vous, elle a pris la parole sans filtre. Libérer sa parole publiquement représentait pour elle une étape à part entière du processus de reconstruction, autant personnelle que professionnelle.
Pourquoi suivre ce parcours de près si vous travaillez dans la création
Le cas de Sara Forestier soulève une question concrète pour quiconque évolue dans un secteur créatif : comment un milieu professionnel gère-t-il les traumatismes de ceux qui le font vivre ? La réponse, en France, reste insuffisante. Aucune obligation légale n'impose un suivi psychologique sur les tournages. Pourtant, des dispositifs existent, notamment via le Fonds de solidarité des professionnels du spectacle (Audiens), qui propose un accompagnement social et médical. Connaître ces ressources, c'est déjà refuser l'indifférence que Sara Forestier a dénoncée.
Partager cet article
À propos de l'autrice
Anaïs, 32 ans et Bordelaise, est professeure de yoga et créatrice d'une newsletter dédiée à la mode durable.
Végétarienne depuis huit ans, elle partage avec chaleur des conseils pratiques sur les marques éco-responsables et les rituels matinaux, avec une écriture engagée mais jamais culpabilisante. Son ton met en confiance et accompagne les lecteurs vers des choix plus conscients au quotidien.